Créabulles, Expositions, Dédicaces, Rencontres.

Chroniques

Quelques-unes des BD qui nous ont le plus marqués.
N’y voyez aucun a priori, aucune prise de tête, aucune volonté de gonfler nos egos mais tout simplement l’envie de vous faire partager nos impressions de lecture. 

  • MORGUE PLEINE

    Morgue pleineScénario : Max CABANES et Doug HEADLINE
    Dessin : Max CABANES
    Couleurs : MaxDessin :Cabanes, Max
    Couleurs : Max CABANES
    Adapté de : Jean-Patrick MANCHETTE
    Dépot légal : Octobre 2021
    Editeur : Dupuis 1
    Collection : Aire Libre
    Grand format
    ISBN : 979-10-34733-44-6
    Planches : 101

    À la suite d’une bavure aux conséquences fâcheuses, Eugene Tarpon a quitté la gendarmerie pour se mettre à son compte comme détective privé. Mais les affaires ne marchent pas vraiment comme il l’espérait. Son penchant pour l’alcool ne parvient même plus à lui faire oublier ses soucis. Il a décidé de tout plaquer. En attendant, il a prévu d’aller passer quelque temps auprès de sa mère. Il a même déjà réservé son billet pour être sûr de partir. Comme de coutume, il passe une soirée bien arrosée quand il a la surprise de recevoir la visite de plusieurs "clients", un de ses anciens collègues gendarmes, puis un gérant de bar se disant victime de racket… Il a vite fait de s’en débarrasser car ce n’est pas ce genre de clients qui va le faire changer d’avis. C’est alors qu’une jeune femme désemparée débarque chez lui en lui déclarant que sa colocataire vient de se faire égorger dans leur appartement. Elle a préféré venir chercher de l’aide chez un détective privé plutôt que d’aller à la police car tout semble l’accuser. Alors qu’Eugène lui conseille d’aller plutôt voir la police, elle se rue sur lui et l’assomme avant de prendre la fuite. Ayant repris ses esprits, Eugène bien qu’hésitant choisit de s’intéresser à cette affaire. Il décide même d’aller sur les lieux du crime supposé. C’est le début d’une aventure qui risque bien de lui faire regretter de ne pas être parti chez sa mère. Morgue pleine page 3Mon avis : Doug Headline, de son vrai nom Tristan Jean Manchette adapte une nouvelle fois l’un des romans noirs de son père, Jean-Patrick Manchette.
    Le détective Eugène Tarpon en est le héros principal y compris dans les nombreux récitatifs que contient cet album. Il hésite mais finit par la force des choses, et parfois de manière assez drôle, à se plonger dans cette enquête.
    Le récit peut surprendre. Certains rebondissements semblent mener nulle part de prime abord mais de fil en aiguille l’histoire tient la route. Les soupçons se précisent, les indices se multiplient, les preuves sont savamment amenées.
    Les ingrédients du polar sont bien présents autour de personnages hauts en couleurs qui viennent enrichir un récit qui nous replonge dans les années 70 telles qu’elles demeurent dans les souvenirs des lecteurs seniors ou telles qu’on peut les voir de temps en temps dans des films ou des séries. Morgue pleine page autre
    Les dessins de Max Cabanes font le reste.
    On suit le personnage dans ses hésitations, ses doutes. On l’accompagne dans ses déboires. On est aux côtés des visiteurs qui défilent dans son bureau. Puis le déclic intervient, l'enquête démarre sur les chapeaux de roues.
    Le dessin est très beau et, comme toujours, d’une redoutable efficacité. De la pure narration visuelle.
    Un très bel album de la célèbre collection Aire Libre. 

    SDJuan

  • EDGAR P. JACOBS

    Edgar p jacobsEdgar P. Jacobs : Le rêveur d'apocalypses
    Scénario : François RIVIÈRE
    Dessin : Philippe WURM
    Couleurs : Benoît BEKAERT
    Dépot légal : Novembre 2021
    Editeur : Glénat
    Format normal
    ISBN : 978-2-344-00391-6
    Nombre de pages : 148

    Je viens de terminer de lire ce livre et déjà me prend l’envie de me replonger dans un autre. 
    C’est pourquoi je présente aussi l’irréprochable article de Daniel Couvreur, ce qui m’évitera d’écrire une analyse chronophage. Edgar p jacobs heros de sa propre vieEdgar p jacobs tl<- En bonus, une variante de couverture. 
    Je préfère vous confier mon ressenti pendant la lecture de ce beau livre. 
    Les pages de garde présentent le plan de quartiers qu’a fréquentés Jacobs et les maisons qu’il a habitées. 
    La chaussée de Wavre se voit ornée d’un "s" effronté (WavreS).
    Et le numéro 14 n’est pas mentionné à la page 38 mais 40.
    Ah, cette ambiance fantasmagorique des premières pages où la pluie est si bien représentée. Une comète traverse un ciel d’encre. Signe prémonitoire! Elle reviendra…
    Nous sommes dans un rêve d’Edgar. 
    Page 12, difficile d’accepter qu’il a seulement 15 ans dans son escapade avec Van Melkebeke dans ce musée du Cinquantenaire. 
    C’était le 1er chapitre. 
    Le chapitre 2 intitulé Amours révèle qu’Edgar aime les femmes mais j’avoue que je me suis perdu. Page 22, où il a toujours l’air plus âgé, il parle de Renée qui sort avec un Quittelier. Plus tard il sera amoureux de Jeanne qui est mariée avec Quittelier..!!???
    Et parfois les traits de ces dames ne sont pas toujours évidents à reconnaître. 
    Mais passons et contemplons la superbe mise en scène pages 23 et 24. 
    La rencontre avec Laudy, très sympathique. 
    La découverte d’une armure de samouraï dans la vitrine d’un antiquaire du Sablon. L’histoire ne dit pas si c’est celle-là qui sera à Lasne… dommage. 
    Clin d’œil anachronique à la galerie Champaka page 27. 
    Je ne savais pas qu’Edgar avait épousé une fille du spectacle. 
    Quand je lui ai téléphoné fin des années 70, il m’avait dit qu’il venait de perdre son épouse et qu’il était très éprouvé. Je pensais naïvement que c’était la seule et unique. 
    Dommage que la fin de sa carrière à l’Opéra et comme baryton ne soit pas clairement expliquée. 
    Ce livre aurait pu contenir le double de pages. 
    Parfois, j’avais l’impression de rater des épisodes de sa vie. 
    Chapitre 4, la rencontre avec Hergé qui sera jaloux du succès de Blake et Mortimer et qui mettra des bâtons dans les roues de leur créateur. 
    D’ailleurs Jacobs évitera de le rencontrer. 
    Le récit devient plus linéaire et commencent pour notre inestimable dessinateur des années de dur labeur. 
    Car c’est un orfèvre du dessin. Edgar p jacobs plancheLes moments de détente avec son épouse, ou l’ami Jacques dont on ne parle plus soudain dans le récit, remplacé par Evany venu d’on ne sait où (encore des pages qui manquent) apportent un peu de joie dans les journées d’Edgar qui les passent à dessiner et encore à dessiner en se demandant si ses histoires ne seraient pas trop vieillottes. 
    N’est-ce pas le propre des grands artistes de souffrir de leur art ?
    J’espère qu’il aura quand même eu plus de bonheur que de malheur de cette vie destinée à l’art lyrique et déviée vers la bande dessinée. 
    Quand on voit ce que des margoulins ont fait de son œuvre par après. 
    J’espère qu’ils liront cette histoire et que la honte telle une épée de Damoclès pèsera au-dessus de leur tête le restant de leur vie. 
    Mais il est temps de passer à table, hein Edgar…
    "À table! Edgar! C’est prêt!" crie sa chouke. Et notre ami lève sa plume et rejoint Jeanne pour le repas. 
    Malgré mes remarques pointilleuses, j’ai beaucoup aimé ce récit et je félicite leurs auteurs. 
    Qui aime bien châtie bien. 
    C’est tellement beau que je n’en ai pas eu assez. Edgar p jacobs planchesLe départ vers l’infini de ce dessinateur si remarquable ce 20 février 1987 est de toute beauté. 
    Le livre se termine par le très beau récit de François Rivière de sa première rencontre avec Jacobs. 
    Et aussi des notices biographiques des personnages qui éclairent certains moments de l’histoire puis une biographie chronologique et enfin les remerciements. 
    Merci Philippe Wurm et François Rivière sans oublier le fantastique coloriste Benoit Bekaert

    Chronique : M. Destrée
    Mise en page : SDJuan

  • BATEM - Le MARSUPILAMI - Une vie en dessins

    Batem le marsupilami une vie en dessinsCoup de coeurUNE VIE EN DESSINS
    Scénario : BATEM
    Dessin : BATEM et André FRANQUIN
    Couleurs : BATEM
    Dépot légal : le 14 janvier 2022
    Editeur : Dupuis 1
    Collection : CHAMPAKA BRUSSELS
    Genre : Une tranche de vie 
    Format : 320mm (H) / 235mm (L)
    ISBN : 978-23-90410-14-0
    Nombre de pages : 256

    Qui ne connaît pas Batem ? Mais peu savent que son vrai nom est Luc Collin. Belge né au Congo, l’année de la proclamation de l’Indépendance du pays, ses années de scolarité vont donc se passer en Belgique.Batem le marsupilami une vie en dessins Luc et FranquinLe jeune Luc est un admirateur enthousiaste du travail de Franquin. Le destin va même lui faire croiser le chemin de l’auteur mais cette première tentative de rencontre avec son "idole" n’aboutit pas au succès escompté. S’il n’a pas pu échanger avec lui, son amour du dessin reste toujours aussi vif, ce qui le pousse à suivre des cours à l’Atelier BD de l’Académie des Beaux-Arts de Chatelet dirigé par Vittorio Leonardo. Sa passion pour l’illustration n’en sera que plus forte encore et se concrétise par une inscription à l’Institut Saint-Luc de Liège. En cette année 1982, le voici désormais diplômé, mais le plus difficile reste à venir. Il présente en vain son travail à différents éditeurs. Certains lui conseillent d’essayer plutôt le dessin réaliste… En fait, c’est du côté de Dupuis qu’il va trouver sa voie dans la BD d’humour, plus précisément dans une filiale nommée SEPP (Société d'édition, de presse et de publicité) spécialisée dans l'adaptation audiovisuelle et les exploitations dérivées (publicité, merchandising) des personnages du "Journal de Spirou" comme Boule et Bill, Gaston Lagaffe, les Schtroumpfs et… le Marsupilami dont Franquin a conservé les droits. C’est ce projet qui va tout déclencher avec l’aide d’un autre passionné du Marsupilami, Jean-François Moyersoen, le créateur des éditions Marsu Productions. En 1986, ce dernier convainc son ami Franquin de donner à son personnage sa propre série. Immense travail en perspective et fabuleux coup de chance pour Batem, d’abord contacté par Jean-François Moyersoen puis par Franquin en personne pour participer à cette aventure. Batem aura donc l’immense honneur et privilège d'être le dernier dessinateur que Franquin aura le plaisir d'aider et de former. Il bénéficiera des conseils du "maître" et de quelques-uns de ses storyboards qu’ils retravailleront parfois même ensemble, mais c’est bien Batem qui réalisera la totalité des planches. Et le succès sera au rendez-vous, le premier album publié par Marsu Productions sera vendu à plus de 600.000 exemplaires. Si Franquin dessine encore quelques couvertures, très vite il en confie la réalisation à Batem, convaincu par la compétence et le talent de son jeune collaborateur.Batem le marsupilami une vie en dessins sous le sceau du secretFidèle à la collection "Une vie en dessins" de Dupuis et Champaka Eds, qui nous fait voyager au cœur de la création des tout grands auteurs du 9e art, cet album rassemble une biographie détaillée et riche en anecdotes et des reproductions de qualité des principaux travaux de l’auteur. Cet ouvrage m’a apporté la plupart des réponses aux questions que je n’ai jamais osé poser à Batem lorsque j'ai eu la chance de le rencontrer en festival ou en librairie, ou même lorsqu’il a participé à l’une des dernières éditions des fabuleuses Jornadas Comiqueras de Barcelone où mon rôle de contact auteurs me donnait l’occasion de côtoyer les auteurs de très près (encore merci à Rafel pour cette magnifique expérience). Il a aussi eu la générosité de participer à l'une de nos opérations caritatives Créabulles.Batem dans le Marsu 32 Tirage LimitéBatem a toute sa place dans cette collection avec le célèbre Marsupilami qui en est à son 33e album auquel il faut ajouter plusieurs Hors-séries, des tirages de luxe ainsi que d’autres titres ou essais, etc.Batem le marsupilami une vie en dessins illustrationCette "bible" de documentation sur Batem nous présente de manière très intéressante et captivante son parcours, suivi à partir du tiers de l'album, de pages davantage consacrées à diverses anecdotes et aux bons moments vécus par l'auteur durant toutes ces années.Batem le marsupilami une vie en dessins le scenariste surpriseOn apprend plein de choses quant à sa passion pour son métier dès son adolescence, ses rapports avec Franquin évidemment, son immense douleur lors de sa disparition en mai 1997, mais aussi ses relations avec les scénaristes de la série et toutes ces personnes qui lui ont permis de devenir l’auteur reconnu et apprécié qu’il est aujourd'hui.Batem le marsupilami une vie en dessins couvLa partie illustrations est particulièrement généreuse et d’une qualité de haut niveau. On y découvre ses débuts avec des croquis pour l’animation, puis un large éventail de ses travaux, crayonnés, planches encrées, cases, couvertures, illustrations couleur… souvent accompagnés de ses propres commentaires. Surtout, ce beau livre nous permet d’apprécier tout le talent de l’artiste. Il démontre qu’André Franquin ne s’était pas trompé à propos de Luc quant à ses qualités d’illustrateur animalier, mais pas que. En effet, Luc n’est pas en reste pour son soin et son habileté à dessiner des décors ou des personnages, rendre leurs expressions plus agréables et évidentes, agrémenter ses albums de nombreux gags visuels comme en témoignent les nombreux crayonnés et encrés que contient l’album.Batem le marsupilami une vie en dessins le nidUne lecture passionnante pour les fans mais aussi pour quiconque souhaite découvrir ce grand de la BD qui a su demeurer humble dans le succès, rester accessible et qui apprécie toujours de pouvoir rencontrer ses lecteurs. Et c’est loin d’être fini puisque de nouvelles aventures sont au programme pour notre plus grand plaisir.

    L’album est disponible en éditions normale et spéciale (tirage de tête à 499 exemplaires avec frontispice inédit imprimé sur papier d'art, numéroté et signé).
    Batem une vie en dessins le marsupilami edition speciale tirage de tete

    SDJuan

  • PAR LA FORÊT

    Par la foretScénario : Anthony PASTOR
    Dessin : Jean-Christophe CHAUZY
    Couleurs : Jean-Christophe CHAUZY
    Dépot légal : octobre 2021
    Editeur :
    casterman
    Grand format
    ISBN : 978-2-203-21832-1
    Nombre de pages : 158

    Trois ans déjà que Lucie a disparu pendant qu’elle faisait son jogging habituel. A l’époque, deux jeunes policiers ont mené une enquête, sans succès. Aucune trace de la "victime" supposée ni aucune arrestation évidemment. Plusieurs personnes ont été soupçonnées dont un homme se disant ornithologue qui traînait dans les parages mais l'enquête n'a rien donné. Obsédée par cette enquête qui n’a pas abouti, la jeune enquêtrice annonce à son coéquipier avec qui elle s’était rapprochée au fil du temps qu’elle souhaite rouvrir le dossier. Elle a même loué l'ancien domicile de la jeune femme disparue. Un hasard, paraît-il. En réalité, leur couple connaît pas mal de tensions depuis un certain temps et ce déménagement tombe à pic. En s’installant près de cette forêt, elle va découvrir que la mère de Lucie y vit maintenant sous une tente pour mieux communier avec sa fille à travers les arbres. Lentement mais sûrement l'enquête va prendre une autre tournure car tout semble impliquer la forêt…Par la foret pageMon avis : Si la jeune disparue constitue le thème central de l'histoire, c'est tout ce qui accompagne sa disparition ou en résulte qui suscite l’intérêt. Anthony Pastor développe chaque personnage dans ce sens : l'enquêtrice en tout premier lieu, son collègue policier avec qui elle a pris ses distances, tous ces autres témoins de l'époque de la disparition qui reviennent sur le devant de la scène, y compris la mère de Lucie qui semble savoir ce qui a pu se produire… et surtout cette forêt, bien présente tout au long de l’album, et qui devient un personnage à part entière. Le tout s'entremêle et s'entrechoque pour, au final, nous laisser avec une interrogation qui ne trouvera jamais de réponse. Par la foret page autreJean-Christophe Chauzy transpose cette histoire en images avec des personnages bien distincts et typés, témoins suspects, personnes au caractère effacé, policière qui perd pied, etc. Chauzy est toujours aussi à l'aise sur les décors tant urbains que naturels comme cette forêt omniprésente. C’est visuellement très réussi. On voyage dans cette forêt sur plusieurs pages sans bulles, sans texte. Le dessin suffit par lui-même. De même pour la mise en couleurs. Un subtil mélange de tons froids avec une touche plus chaude et inversement, qui met bien en avant ce qui doit être perçu en premier lieu sans toutefois faire abstraction du reste. On est davantage observateur que lecteur sur certaines scènes, en s'interrogeant sur ce qui se passe ou ce qui aurait pu se passer. 

    SDJuan

  • LE PIÈGE AMÉRICAIN

    Le piege americainLe Piège Américain - Les Dessous de l'Affaire Alstom
    Scénario : Matthieu ARON
    Dessin : Hervé DUPHOT
    Couleurs : Hervé DUPHOT
    Dépot légal : Novembre 2021
    Editeur :
    Delcourt
    Collection : Hors Collection Delcourt
    Format normal
    ISBN : 978-2-413-03738-5
    Nombre de pages : 136

    2014. Le journaliste Matthieu Aron a pris la tête d’une cellule d’investigation récemment créée au sein du groupe Radio France. L’équipe qu’il a constituée travaille pour alimenter l’émission d’enquête "Secrets d’info" diffusée sur France Inter. Il s’agit avant tout d’enquêter sur des faits méconnus ou passés presque inaperçus dans les infos quotidiennes faute de temps et de moyens professionnels. En pleine "affaire Strauss-Kahn", son collègue Thomas Legrand lui rapporte les confidences d’un entraîneur de rugby à propos de pratiques douteuses concernant la vente d’Alstom à General Electric. L’informateur de l’entraîneur n’étant autre que l’un des dirigeants d’Alstom, Matthieu lance aussitôt ses journalistes-enquêteurs sur ce dossier. Il va vite se rendre compte de l’ampleur de l’affaire. En avril 2013, Frédéric Pierucci, cadre chez Alstom a été arrêté par le FBI sous le prétexte de pratiques commerciales douteuses et corruption lors de la conclusion d’un contrat en Indonésie en 2010. Au total, il va passer deux années dans les prisons américaines. Il a servi d’otage et de moyen de pression pour obliger Alstom à vendre l’ensemble de ses activités énergie et réseaux convoitées depuis si longtemps par les Américains à son concurrent US General Electric. Pour Matthieu Aron, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une pure manœuvre de chantage.Piege americain pageMon avis : Dès les premières pages, on entre dans le vif du sujet avec les tout premiers débuts de la cellule d’investigation de France-Inter puis on suit pas à pas l’enquête de Matthieu Aron qui a écrit ce récit avec Frédéric Pierucci comme une intrigue au suspense savamment entretenu de bout en bout.
    On accroche et on vit cette recherche de vérité en tombant des nues au fil de la lecture.
    L’empathie pour la victime de ce qui s’avère être un chantage politico-économique va crescendo.
    Notre regard change sur cette "Amérique, première puissance mondiale". Elle nous apparaît comme un gigantesque groupe de pression capitaliste dont l’activité d’influence et de lobbying semble sans limite. L’impunité dont elle jouit et son pouvoir de nuisance sont plutôt effrayants.
    Mais l’album évoque aussi une coupable complaisance et l’attitude équivoque de Patrick Kron, alors PDG d’Alstom, dans cette affaire.
    Un récit captivant entre documentaire d’investigation et grand reportage mais surtout très révélateur de la nature profonde et des anomalies de notre système politico-économique. Piege americain plancheAllant à l’essentiel, le dessin d’Hervé Duphot est surtout basé sur des rencontres, des huis clos, des personnages et/ou groupes au premier plan ou au plan moyen. 
    Malgré tout, l'intrigue ne nous lâche pas.
    On accompagne les protagonistes en ville, au bureau, lors de leurs différents déplacements en avion, en voiture.
    Un album de 136 pages que l’on feuillette avec intérêt et plaisir tant la narration est fluide et intense.
    On a envie de savoir tant cette histoire paraît surréaliste.
    L’auteur a fait le choix de tons apaisants, en bichromie à dominante bleue, orangée ou verte, donnant toute sa place au récit. 

    SDJuan

  • LE FAUX SOIR - et BRUXELLES 43

    Le « Faux » Soir et Bruxelles 43

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  • MATRIX Résurrections

    Matrix resurrectionsFilm MATRIX RESURRECTIONS
    22 décembre 2021 en salle

    Durée : 2h 28min
    Genre : Science fiction, Action
    De : Lana Wachowski
    Par : Lana Wachowski, David Mitchell
    Avec : Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Yahya Abdul-Mateen II

    Je croyais être déçu et c’est l’inverse. 
    Je suis enthousiaste !
    Je ne rejoins pas tous ceux qui critiquent ce film. 
    Le point de départ est très intéressant et interpellant. 
    La matrice est devenue un jeu développé par Thomas Anderson (Neo), son associé et son équipe. 
    L’humanité prisonnière de la Matrice se divertit en jouant avec son univers et pour tous ces hommes, ces femmes, ces enfants, il est inconcevable que ce monde existe vraiment mais ce jeu est devenu omniprésent dans leur vie. (C’est le serpent qui se mord la queue). 
    Je viens aussi de me rendre compte que les enfants sont quasi inexistants dans ce monde. 
    Neo vit à nouveau dans le monde factice et les soubresauts de sa mémoire sont annihilés par des séances chez le psy et des pilules bleues. Matrix resurrectionMais il y a encore des rebelles…
    J’apprécie beaucoup la façon dont Lana Wachowski et ses collaborateurs ont incorporé les éléments des scénarios des films précédents pour réaliser celui-ci. 
    Tout se tient et on comprend mieux le mécanisme de la Matrice. 
    Elle a ressuscité Neo et Trinity, oui et c’est plausible. L’explication est dans le film et elle est excellente. 
    Celui-ci est peut-être le plus intelligent des quatre. 
    Toutes les nouveautés sont surprenantes mais aussi dans l’ordre des choses. Matrix resurrection 2C’est jubilatoire de suivre les raisonnements humains et leurs interactions avec les mécanismes de la Matrice grâce à des alliés inattendus mais aussi inévitables. 
    Pour l’apprécier, il faut revoir le premier avant. 
    Il faut aussi aimer les romans SF, ici on touche à la "hard SF". 
    Et être romantique. Matrix resurrection 4Certains n’aimeront pas la belle histoire d’amour qui rend invincible. 
    Oui, les femmes sont fort présentes et les hommes sont maltraités. Retour de manivelle. 
    Pas tous quand même. Matrix resurrection 3Et si tout cet univers trouvait son explication dans le fait que l’esprit (les esprits) d’une (de deux) femme(s) étai(en)t prisonnier(s) dans le corps d’un (de deux) hommes ?
    En tout cas Lana ne se gêne pas de critiquer les réseaux sociaux et même son film. Écoutez bien les répliques criardes et énervantes du Mérovingien Lambert Wilson de retour tout dépenaillé. 
    Je suis impatient de le revoir pour continuer à réfléchir sur toutes les pensées et réflexions sur notre monde que suscite ce film en moi. 
    Film très intelligent, je le répète. 
    On pourrait passer des heures à l’analyser sans jamais en faire le tour.

    M.Destrée

  • LE DERNIER ESPADON

    Blake et mortimer 28 le dernier espadonTome 28 - Le Dernier Espadon
    Scénario : Jean VAN HAMME
    Dessin : Teun BERSERIK & Peter VAN DONGEN
    Couleurs : Peter VAN DONGEN
    Couverture : Teun BERSERIK
    Préface : Jean VAN HAMME
    Dépot légal : Novembre 2021
    Editeur : Blake et Mortimer
    Grand format
    ISBN : 978-2-87097-285-4
    Nombre de pages : 66

    J’ai acheté Le Dernier Espadon pour retrouver cette étonnante invention du professeur Mortimer visible pour la première fois dans les pages du journal Tintin en 1949 sans doute. 
    Je l’ai retrouvé, ah oui… sur une bonne dizaine de cases mais souvent en morceaux ou inerte et sans aucune évocation de puissance supersonique. 
    Olrik prend la place d’un major (on sait tout de suite que c’est lui) qui doit se rendre à Makran, base où ont été conçus les Espadons (relire Le Secret…).
    Mortimer retrouve Nasir qui pilote l’hélicoptère qui les amène retrouver le fameux major. 
    Les cinq Espadons qui restent doivent être transportés jusqu’à la base de Scaw-Fell (relire…)
    Pendant ce temps, les nazis complotent avec des membres de l’IRA pour faire sauter le Palais de Buckingham. 
    Le capitaine Blake va essayer de déjouer leur plan. 
    Et Olrik essaye de s’emparer d’un Espadon…Blake et mortimer 28 le dernier espadon page
    Quelle déception! 
    Des décors en carton-pâte, des personnages parfois complètement ratés (page 29, case 6) et c’est cette dame qui va donner une info primordiale à Blake en jouant les Mata Hari, laissez-moi rire. 
    Et la case 9, page 32 (il a le front solide).
    Juste après vient le coup de théâtre : oh le major! C’était Olrik!
    Page 61, sa majesté Georges VI ressemble à un pantin de bois. 
    Reste Mortimer assez réussi mais ses mouvements, ses positions, ses expressions me laissent une impression de déjà-vu. 
    Van Hamme aligne les éléments de son scénario pour arriver au bout de l’histoire avec l’éclatement de son pétard mouillé. Quelle grosse farce! Un vrai Vaudeville!
    Aucune émotion, aucune tension, aucun suspense!
    Blake et mortimer le secret de l espadon 1Tout ce que j’ai retrouvé intensément en relisant les deux volumes de la réédition en fac-similés des pages parues dans le journal Tintin. 
    Les différences sont nombreuses avec l’édition normale en album. 
    Surtout pour le tome 1 qui avait déjà eu l’honneur de paraître en version Tintin grâce Aux Amis de Jacobs. 
    Par contre, j’avais oublié que Jacobs demandait souvent au lecteur de lire les phylactères dans les cases en commençant par celui du bas…
    Blake et mortimer le secret de l espadon 2Le tome 2 contient des pages mémorables. Toutes les 3-4 pages vous vous retrouvez dans des ambiances différentes au décor si maîtrisé et dont l’intensité profonde est amenée par les acteurs de papier. Du grand art. 
    Relisez le passage dans l’océan digne de Jules Verne, certainement source d’inspiration pour Edgar P. Jacobs. 

    Messieurs, vous pouvez continuer à éditer les aventures de Blake et Mortimer, ce sera sans moi. 
    Ils ont perdu leur âme, leur épaisseur psychologique.
    Ne reste qu’un produit qui rapporte.

    M. Destrée