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LA FIÈVRE D'URBICANDE Tirage de tête

La fievre d urbicande Tirage de têteScénario : Benoît PEETERS
Dessin : François SCHUITEN
Couleurs : Jack DURIEUX
Edition :
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ISBN : 978-2-203-21838-3
Dépot légal : Octobre 2020
Nombre de pages : 110
À noter : ce Tirage de tête est limité à 700 exemplaires et 50 exemplaires HC numérotés et signés. Contient un ex-libris sérigraphié présentant l'illustration de couverture de l'édition courante.

Si vous aimez le dessin de François SCHUITEN et l’univers des Cités Obscures, vous devez aimer La Fièvre d’Urbicande.
Personnellement, c’est mon album préféré avec La Tour et L’Enfant Penchée.
"Mais pourquoi le mettre en couleur ?" ai-je pensé en apprenant la nouvelle de la réédition de cet album.
Celle de 1990 est tellement belle en noir et blanc.
Le papier légèrement satiné rend les noirs tellement profonds. Les dégradés et les contrastes sont si bien marqués.
Mais je suis trop curieux de voir l’effet de la couleur dans cet album (mythique) pour moi. Surtout dans ce grand format.
J’apprendrai dans une interview que ce récit était destiné à la couleur mais après Samaris, Schuiten n’avait guère envie de se remettre si tôt à cet exercice si fastidieux.
Le graphiste et illustrateur Jack Durieux a mis deux ans pour colorier cette nouvelle édition.Cites obscures la fievre d urbicande planches
J’ai dans les mains un nouvel album.
Le récit n’a pas changé évidemment mais le cadre et les ambiances sont différentes.
Les tons chauds (les roses et les mauves) et cette luminosité créent des planches de toute beauté.
La lumière ou l’absence de lumière naturelle ou artificielle est bien présente au travers de toute la chromatique proposée.
Le réseau est aussi impressionnant dans tous ces tons bleus ou gris.
J’ai évidemment feuilleté les deux versions en comparant le rendu des contrastes et des couleurs. C’est inutile !
Chaque album a sa vie propre.Le travail du noir et blanc de Schuiten et la mise en couleur de Durieux sont tous les deux impressionnants d’efficacité et de beauté.
Le noir et blanc rend les matières plus rugueuses et la ville plus dure.
La couleur adoucit les angles et rend la lumière plus chaude.Cites obscures la fievre d urbicande planche
L’histoire : Eugen Robick, urbatecte de génie, a conçu les bâtiments prestigieux de la ville d’Urbicande mais il est contrarié.En effet, les sommités de la ville ne semblent pas vouloir continuer les travaux du troisième pont qui est indispensable à l’équilibre de l’ensemble.
Sur son bureau est posé un cube creux dont la structure va grandir en donnant naissance à un réseau immense qui va perturber Robick, les habitants de la ville et toute la conception des bâtiments.
Mais aussi rendre possible des liens et des contacts entre les habitants des quartiers neufs dominés par le gigantisme et l’ordre et ceux des quartiers anciens où l’architecture est plus pauvre mais peut-être plus conviviale.
Lors de la séance de signature à la librairie Brüsel le jeudi 29 octobre, François SCHUITEN expliquait la raison de l’engouement des lecteurs des Cités Obscures pour La Fièvre...en parlant de la porosité de l’œuvre. Comme une éponge, elle se laisse séduire et séduit les impressions des différents amateurs.
Chacun interprète ce réseau à sa façon.
Personnellement, c’est son côté mystérieux et fantastique qui m’attire.
Quelle est l’origine, le pourquoi de ce cube, comment devient-il un réseau ?
Comment vit-il ?
En grand format, il devient encore plus impressionnant.
De ses structures se dégage une force divine et mystérieuse. Une entité ?
On pense au monolithe de "2001, l’Odyssée de l’espace" pour le côté énigmatique de sa présence.
Le réseau en lui-même me passionne plus que le récit.
Je me suis toujours demandé pourquoi un sculpteur n’avait pas proposé aux auteurs de lui donner vie en réalisant des sculptures du cube en différents formats et matières et à différents moments de son expansion.Fievre d urbicande planche autreJe terminerai par quelques réflexions personnelles suite à l’interview parue dans Le Soir du vendredi 6 novembre 2020.
Daniel Couvreur commence en comparant l’effroi causé par la fièvre d’Urbicande à la situation que nous vivons suite à la pandémie et François et Jack vont dans son sens en parlant de propagation de l’épidémie d’Urbicande.
C’est un peu facile aujourd’hui de faire cette comparaison. Benoît Peeters et François Schuiten ont-ils réellement pensé à une maladie lors de la conception de cet album ?
Déjà la matière inconnue dont il est fait, sa croissance, les résultats sur la ville et la population, tout est différent. Non je n’adhère pas.
Dans une réponse François Schuiten dit que ce n’est pas une simple colorisation des planches comme à l’époque d’Hergé.
Évidemment qu’il n’y a aucune comparaison avec la mise en couleur de La Fièvre d’Urbicande.
Mais il aurait fallu préciser que Hergé a réaménagé complètement les strips et les planches des albums en plus de la mise en couleur.Je ne dirai pas la même chose pour la colorisation de la version noir et blanc de Tintin en Amérique à but purement mercantile.
Celle de Tintin au pays des Soviets pouvait avoir une raison d’être comme il n’existait pas en couleur mais ici...
Mais je m’éloigne.
Je tiens quand même à préciser que cet interview est très intéressante pour comprendre l’implication des auteurs dans la réalisation de cette mise en couleur.
Et le livre dont il est question ici ne rentre pas dans cette catégorie des albums colorisés.
Non, La Fièvre d’Urbicande mise en couleur est une nouvelle œuvre.
Ni plus belle, ni moins belle.
Elle est !
Par elle-même !

Elle n’a aucunement besoin d’être comparée.

M. Destrée

 
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