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Le Fantôme Arménien

Fantome armenien ddpScénariste: Guillaume Perrier et Laure Marchand.
Dessinateur et couleurs: Thomas Azuelos.
Editions: Futuropolis. 
Dépot légal: Mars 2015.

Histoire:

Cela fait des années que Varoujan travaille à l'ARAM à Marseille, l’Association pour la recherche et l'archivage de la mémoire arménienne. Son rêve le plus cher est d’aller faire une exposition en Turquie, mais lorsqu’une occasion se présente, soudainement lui et sa femme, Brigitte Balian, ont peur. Peur d'y aller à cause de tous ces préjugés qui se sont accumulés au travers des centaines de documents qu’il a pu voir au sein de l’ARAM. Car, bien qu'il y ait eu 1,5 million de victimes arméniennes, les Turcs n'ont toujours pas officiellement reconnu ce génocide. Varoujan a d'autant plus peur qu'il est membre d’une association entièrement dédiée à la préservation de la mémoire et de la culture arméniennes afin que rien ne soit jamais oublié. Le 20 avril 2014, il se rend à Diyarbakir, capitale de la province du même nom principalement peuplée de Kurdes, pour y monter une exposition de photographies des survivants du génocide perpétré 99 ans plus tôt. Mais, sur place la réalité prend vite le dessus. Ici, il ne s’agit plus de photos ou de documents. Il côtoie des personnes réelles, des Arméniens restés sur place, pour la plupart islamisés, et découvre leur mode de vie. Certains vivent cachés, d’autres au grand jour, s’occupant d’une église en mémoire des tragiques événements du passé. Nombreux sont ceux qui n'ont découvert que récemment leur passé arménien qui fait d’eux les petits-fils ou arrière-petits-fils des victimes, tout comme Varoujan qui est désormais sur les traces de son grand-père paternel.  

Fantome armenien planche

Mon avis:

Voici un récit prenant qui aborde la question du génocide arménien avec douceur, ce qui semblait inconcevable de prime abord. Varoujan va à la rencontre des gens et ceux-ci viennent vers lui pour raconter leur histoire, celle de leur famille. Même des Turcs viennent s'excuser pour les atrocités commises sur les Arméniens. Un album poignant qui évoque avec intelligence les massacres perpétrés envers les Arméniens 30 ans avant la Shoah, et où l’auteur parvient à glisser quelques moments moins graves et parfois drôles. Les dessins simples, en couleur le plus souvent bichromée, expriment de façon égale la dureté ou la tendresse mais suscitent toujours l’intérêt. Le mélange de dessins et de photos peut choquer ou surprendre, mais une fois qu'on a compris pourquoi ces photos sont présentes, elles se révèlent pleinement justifiées. Un album bien documenté sur des drames d’un passé qui n’est pas aussi éloigné que cela, au moment où certains événements nous rappelle que l'histoire se répète bien trop souvent et que nous n’en tirons pas les leçons. A noter que le 23 avril 2014, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a présenté les condoléances de la Turquie "aux petits-enfants des Arméniens tués en 1915" lors des massacres visant cette communauté sous l'empire ottoman, mais la Turquie, en revanche, ne reconnaît toujours pas officiellement le génocide arménien.

(SDJ)

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