Scénario: Tom C. WINTER & FERN
Dessin: FERN
Couleurs: <N&B>
Dépot légal: 2026
Editeur: Fern.comics
Format normal
Nombre de pages: 180 + 18 illustrations
Tirage limité numéroté pour l'intégrale.
Tomes 1 & 2 chez TheNextArt Verlag
Tomes 3 & 4 chez 7éditions.
Je dois vous avouer que j’ai toujours eu un faible pour les westerns "crasseux" où les protagonistes ne sont jamais tout noir ou tout blanc. Je préfère mille fois un film de Clint Eastwood ou certains westerns dit spaghetti, avec Franco Nero par exemple, exception faite du Rio Bravo de John Wayne avec Dean Martin. Il en va de même pour les BD. Je fus en son temps un fan de Blueberry, l’antihéros par excellence, comme de Mac Coy de Gourmelen et Palacios. Je demeure un aficionado absolu de Jonathan Cartland de Blanc-Dumont et Harlé, et plus récemment de Undertaker de Meyer et Dorison. Chaque fois, des personnages un peu borderline comme je les aime.
Lorsque Fern, le dessinateur, m’a proposé d’acquérir l’intégrale de sa bande dessinée Sinnerman, j’avoue ne pas avoir hésité longtemps. Déjà, parce que j’avais pu en voir quelques cases publiées sur les réseaux, mais aussi parce que l’idée de découvrir un western teinté de mysticisme, qui plus est en noir et blanc, avait tout pour me plaire. Et puis, dès les premières pages, entendre à l’oreille la voix de Nina Simone chanter ce gospel afro-américain Oh, sinnerman, where you gonna run to? Sinnerman where you gonna run to? Where you gonna run to? All on that day We got to run to the rock… ça n’a pas de prix.
Sinnerman, c’est l’histoire d’un tueur, une brute sans foi ni loi, autrefois connu sous le nom de Johnny Gunn. Un chef de bande laissé pour mort par ses comparses lors de la mise à sac d’une maison. Excédés de ne rien avoir trouvé, les bandits tuent les propriétaires, incendient la maison dans laquelle se trouve une petite fille, et le leader, le dénommé Shane, abat Johnny de plusieurs balles dans le dos. Mais Penny, la petite disparue, n’en a pas fini avec lui. Elle le ramène à la vie pour l’envoyer traquer les assassins de ses parents. Le Sinnerman ne trouvera pas la paix et la rédemption avant d’avoir accompli cette tâche.
Le noir et blanc ne laisse la place à aucune erreur, mais surtout il magnifie les scènes de combat, les morts violentes, les paysages désertiques de l’Ouest américain. Fern s’y sent à l’aise et cela se ressent à travers les traits bruts. Il donne corps à la poussière, au sang, au bruit. Les traits monolithiques du Sinnerman ne seraient sans doute pas aussi réussis s’il y avait de la couleur. C’est pour cela que j’ai toujours préféré les Corto Maltese en noir et blanc. Tout au long des quatre tomes que constitue cette intégrale, le lecteur est happé par l’ambiance omniprésente, le côté vrai du western où rien ne paraît beau. Les auteurs respectent le mythe du cowboy mais pour mieux se le réapproprier. Et toujours, cette lancinante chanson des années 50 version Nina Simone en 1965, ou encore la version des Weavers de 1959, chanson sur le péché et la quête du pardon. Et du salaud ultime, les auteurs tirent un être beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, pour lequel plus rien d’autre ne compte que d’obtenir le pardon d’une innocente fillette brûlée vive.
Une excellente découverte, une excellente BD, un très bon western comme on aimerait en lire plus souvent.
Mes remerciements aux deux auteurs pour cet excellent moment de dépaysement.
Richard Colombo