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LES DRAGONS DE LA FRONTIÈRE

Dragons de la frontiereCoup de coeurTome 1 . La piste de Santa Fe
Scénario : Gregorio HARRIET
Dessin : Iván GIL
Couleurs : Garluk AGUIRRE
Dépot légal : Février 2021
Editeur : Editions glenat logo
ISBN : 978-2-344-03330-2
Nombre de pages : 56

1778, Empire espagnol du Nouveau Monde. Une troupe de "Dragones de Cuera", ces cavaliers lanciers espagnols protégés par une longue cuirasse de cuir, ayant principalement pour mission de surveiller la frontière nord de l'empire appelé à l’époque la Nueva España, escortent un convoi de colons, hommes, femmes et leur bétail, entre Mexico et Sante Fe (actuel État du Nouveau-Mexique). Parmi eux, le cadet Miguel de Sasoeta, neveu du Lt-Colonel Anza qui commande le Fort de Santa Fe. Sur leur route, un guetteur aperçoit une troupe d’Apaches. Persuadés de s’en débarrasser facilement, les hommes de troupe déposent quelques bouteilles d'alcool car, selon la rumeur, les Indiens en sont friands jusqu’à s’écrouler ivres morts. Le convoi arrive enfin à la Mission de Nuestra Señora del Perpetuo Socorro pour faire étape. C’est là que l’attend un détachement d’infanterie d’une compagnie franche de volontaires catalans. Tandis que les hommes arrosent leurs retrouvailles, les sœurs prennent en charge l’une des femmes du convoi sur le point d’accoucher. C’est à ce moment que les Apaches qui n’ont pas touché à l’alcool supposé les arrêter attaquent la mission et kidnappent une jeune nonne, Sœur Madeleine dont Miguel était secrètement tombé amoureux. N'écoutant pas les conseils du Sergent Juan de Jesús Beitia El Chato des Dragons de Cuera qui préfére attendre l’aube pour partir à leur poursuite, Miguel se lance aussitôt sur les traces des Apaches, inconscient du piège qui est en train de se refermer sur lui, même si le Sergent Beitia et deux de ses hommes vont partir pour essayer de le rattraper et le ramener sain et sauf. Dragons de la frontiere page 1Mon avis: Voici une BD d’autant plus intéressante qu’elle aborde un sujet peu traité. En effet, généralement le genre western met en scène des cowboys, des indiens et des soldats yankees de l’Union vêtus de tuniques bleues protégeant les colons contre les tribus amérindiennes durant la conquête de l’Ouest ou les guerres indiennes. Peu de récits abordent le Far West du temps où il était espagnol et encore moins les "dragones de cuera".
Sur un scénario bien construit, l’espagnol Gregorio Harriet nous entraîne à la découverte de la Nouvelle-Espagne du 18e siècle. On découvre les différentes tribus amérindiennes qui peuplaient la région et leur hiérarchie, les tribus Apaches parmi lesquelles les Mescaleros, évoqués dans l’album tout comme les Comanches, menés par Cuerno Verde (Green Horn, de son vrai nom Tabivo Naritgant signifiant homme dangereux), mais aussi les Navajos, les Wichitas et les Pawnees entre autres.
Les relations avec les "Indiens" étaient régies par le "Traité", avancée significative vers la doctrine fondatrice du droit international moderne en ce qu’il a servi à instaurer des relations de paix et d’amitié avec les indigènes, sa forme concrète ayant été l’instauration d’une "paix du marché" permettant aux "Indiens" de commercer en paix avec les Hispaniques sur le territoire de la Vice-Royauté de Nouvelle-Espagne (plus ou moins les territoires actuels du Mexique, de l’Amérique centrale, des États de Californie, Arizona, Nouveau-Mexique et Texas, plus les Philippines en Asie du sud-est).
N’oublions pas non plus le rôle important des missions religieuses catholiques qui ont servi à la conversion des Indiens et à leur assimilation dans la culture espagnole mais aussi, une fois sous le contrôle des autorités religieuses, à leur protection contre d'éventuels abus de la part de colons civils et militaires.Dragons de la frontiere pageDragon de cuera peint par Ferrer-Dalmau
Quant aux Dragones de Cuera, il s’agit d’une troupe de cavaliers chargés de protéger la frontière nord de la Nouvelle Espagne (environ 6000 km de San Francisco en Californie à San Agustin en Floride) mais aussi d'accompagner les convois. Ils étaient lourdement armés d’une lance, d’un bouclier, d’une épée à large lame contrairement aux autres soldats espagnols qui n'avaient qu'une simple épée, d’un poignard, d’un pistolet et d’un mousquet ou d’une carabine. Ils portaient un manteau long sans manche très résistant, constitué de plusieurs couches de cuir, assurant une protection contre les flèches indiennes. Au fil du temps, ce long manteau se réduira à une simple cuirasse sur le torse. Le chapeau plat, également réalisé en cuir, avait la même fonction de protection contre les flèches. Chaque dragon avait 6 chevaux, un poulain et un mulet, en raison des immenses territoires qu'il devait contrôler. Les dragons constituaient de petites garnisons, très mobiles, parcourant plusieurs centaines de kilomètres par mois, continuellement à cheval pour patrouiller sur les vastes étendues nord-américaines, entre les ranchs et les missions, protéger les peuples indiens alliés, déceler toute activité hostile et même cartographier.
Vous l'aurez compris, la lecture de cet album m’a clairement donné envie d’en savoir davantage sur cette période de l'histoire des États-Unis et de l'Espagne évidemment.Dragons de la frontiere page autre
En ce qui concerne le dessin, le regard est immédiatement accroché par la couverture. Impressionnante, avec une pointe de mystère, en tout cas très réussie.
Le dessinateur espagnol Iván Gil nous régale d’illustrations à la hauteur de l’attente, bien détaillées et riches en paysages et décors de l’Ouest américain. On est littéralement plongé dans l’aventure.
On ressent la puissance des Dragons mais aussi la dangerosité des indiens, secs et nerveux, prêts à bondir à tout moment, toujours rusés et déterminés. Beaucoup de soin apporté aux différents costumes et tenues militaires. Les chevaux font largement partie de l’aventure. Présents en grand nombre tout au long de l’album, ils sont bien dessinés tant dans les scènes d’action qu’au repos.Dragons de la frontiere page de nuitTrès belle mise en couleurs d’Aguirre Garluk au service du dessin que ce soit dans les scènes bien éclairées ou de nuit.

Un album de qualité, sur un sujet original, bien servi par un trio d’auteurs espagnols confirmant que ce pays est bien un réservoir de talents.

SDJuan

 

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