Créabulles, Expositions, Dédicaces, Rencontres.

BOOTBLACK 1/2

BootblackScénario : Mikaël
Dessin : Mikaël
Couleurs : Mikaël
Dépot légal : Mai 2019
Editeur : Dargaud
Nombre de planches: 54 + cahier graphique 8 pages

Avec Bootblack (Le cireur de chaussures), nous saluons le retour tant attendu de Mikaël dont nous avions pu apprécier l’excellent travail réalisé pour le dyptique "Giant" (Dargaud / juin  2017 et janvier 2018).

C’est en 1945, sur le vieux continent, que le récit démarre pour le lecteur.

Parmi les morts, nous découvrons un soldat américain ayant miraculeusement survécu. Isolé, seul, Al prend lentement conscience, dans le gâchis du champ de bataille, de l’échec des choix de sa vie et de son continuel déni d’identité. Mais qui est-il vraiment: américain natif, fils de migrants ou allemand? Al se souvient des trottoirs de New York et nous raconte son histoire.

Al (Tenberg), fils d’immigrants, tourne le dos, très jeune, à ses racines allemandes. Il est né en Amérique, il est américain. A 10 ans, un jour d’automne 1929, il perd ses parents et son foyer dans un incendie.

Parmi les natifs américains, les commentaires ne sont pas tendres. "Le ramassis d’immigrants qui s’entasse-là n’apporte que du trouble voilà tout. Ça débarque du bateau à la pelle et ça vient manger notre pitance déjà bien maigre depuis le début de cette foutue crise. Qu’ils retournent chez eux tous les culs-terreux avec leur gale et leurs poux. Maudits métèques".

Bootblack plancheLa rue est dès lors son seul foyer et son ami Shiny sa seule famille. Il devient Bootblack, un cireur de chaussures parmi beaucoup d’autres insignifiants de New York. Il survit et les années se succèdent à astiquer, à décrotter et à cirer sur les mêmes trottoirs au ras du sol souillé.

Et puis un jour, il y a Maggie ou Margaret. Al le vaurien, le sans avenir, vêtu de guenilles, qui essaye juste de ne pas rester l’estomac vide, décide de conquérir "sa belle". Il va gagner plus d’argent, trouver quelque chose qui rapporte vraiment et ce par n’importe quel moyen…

"Il est facile pour des insignifiants bootblacks de livrer des enveloppes bien garnies d’un quartier à l’autre de Manhattan".

L’auteur, mélange habilement trois périodes de la vie du personnage central: 1945, 1929 et 1935. Les époques 1929 et 1935 se déroulent en Amérique, dans le même New York que Mikaël a déjà raconté dans "Giant" mais cette fois-ci, loin des nuages, dans la rue, au ras du bitume sur les trottoirs crasseux de la ville.

Mon avis: Mikaël est un très bon raconteur. On le savait. Avec Bootblack, il persiste et signe. A côté du mantra "prétexte" à l’intrigue (s’élever socialement, atteindre le rêve américain, quand on vit au ras du bitume), il y a la toile de fond de l’Amérique.

L’auteur se fait témoin d’une époque. Mikaël décrit, dessine et met en couleurs des thèmes universels, contemporains, déjà développés précédemment: la crise économique, le brassage des cultures, les migrants, le retour des extrêmes et la misère.

Bootblack caseLe dessinateur joue sur la palette du monochrome et le sépia (sa marque de fabrique), rajoute des tons roses ou jaunes en fonction de la narration. Le cadrage est soigné, le rendu artisanal et le dessin expressif.

Je ne peux que vous conseiller de vous plonger, immerger dans la lecture de Bootblack, vous en ressortirez plus riche.

J’attends la suite de l’histoire !

Michel

 

BD chroniques

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !