Même lieu mais changement de décor pour cette 44e édition du salon Comic Barcelona. Pendant la durée des travaux prévus sur plusieurs années dans les pavillons où il se déroule habituellement sur le site de Fira Barcelona Montjuïc, le salon s’est installé en face dans le pavillon 8, mais le contenu reste le même avec une programmation d’auteurs invités nationaux et internationaux de talent et, pour cette édition 2026, une place de choix donnée à la culture pop asiatique.
L’affiche de l’exposition a été réalisée par la dessinatrice baléare Natacha Bustos, diplômée des Beaux-Arts à Grenade. Particulièrement active dans le comics américain, elle reconnaît avoir été influencé par le manga même si elle a ensuite progressivement "occidentalisé" son style pour se créer une identité graphique personnelle. Son affiche reflète bien ces différentes influences.
Manifestation internationale, Comic Barcelona vise avant tout à réunir scénaristes et dessinateurs pour un public passionné de bande dessinée et de comics quel que soit le format : albums, planches, sérigraphies, produits dérivés − statuettes, figurines, T-shirts, mugs, peluches, etc. − et même cosplay pour les plus aficionados, mais aussi de nombreux représentants des mondes de l’édition, de la presse et de la communication.

Créabulles est allée à la découverte de cette nouvelle édition et à la rencontre des exposants et des auteurs. Clairement, les multiples activités ont toutes trouvé leur place dans un espace réduit. Et en premier lieu, les très nombreux stands qui accueillaient les auteurs et autrices en dédicace. Les bédéphiles collectionneurs y ont comme d’habitude largement trouvé leur bonheur aussi bien chez les géants que chez les plus petits éditeurs du secteur. Panini Comics a reçu le scénariste américain Deniz Camp et bien d’autres dessinateurs espagnols comme Álvaro Martinez Bueno ou Javier Rodríguez, Norma Editorial a accueilli notamment Alix Garin lauréate du prix du meilleur scénario étranger pour son roman graphique Impénétrable déjà récompensé par le Prix du public à Angoulême en 2025, Milo Manara, Félix Delep, Enrico Marini, Jordi Lafebre Teresa Valero récompensée du Prix de la meilleure œuvre d’auteur espagnol pour Contrapaso, Miguelanxo Prado…, Penguin Random House a également reçu Milo Manara, Planeta Cómic a accueilli Salva Rubio & María Badía, etc. Parmi les autres exposants, citons Dolmen, Astiberri qui a accueilli Paco Roca, Emma Ríos, Ken Niimura, Harriet Ediciones qui a reçu Bruno Duhamel, Cartem Comics qui a reçu Alfonso Font & Jordi Bernet, Dibbuks, La Cúpula qui a reçu Étienne Davodeau, etc. Le choix est immense, de quoi répondre à toutes les envies.
Cette édition vient confirmer la tendance instaurée depuis 1 an ou 2 sur de nombreux stands spécialisés "comics US" où les auteurs signent leurs comic books tout en proposant à leurs fans une large sélection d’originaux à la vente ou diverses commissions (dommage qu'à l'achat de l'un de leurs originaux ils ne veuillent même plus faire une ptite dédicace...). Créabulles a également noté que cette année l’Artist Alley semble avoir accueilli moins de public du fait de son report sur les côtés du pavillon 8. En revanche, le succès ne se dément pas pour tout ce qui a trait au merchandising. Le public familial ou de passionnés est fidèle en nombre à l’événement comme les années précédentes même si globalement le salon a connu une légère diminution de sa fréquentation en 2026 avec 92000 visiteurs (contre 110.000 en 2025).

Le stand de l’Escola Femart a connu un beau succès. Jaime Calderón et son épouse Ester Punzano y ont accueilli plusieurs ami(e)s auteurs/autrices durant tout le week-end, notamment Josep Homs, David Morancho, Sergio Dávila, Rubén Pellejero, Xavier Besse, María Pesado, Jessica Silván, Alex Sierra… Et, chose rare désormais, le public pouvait venir y rencontrer les auteurs avec ses propres albums.

Comme toujours, Créabulles a beaucoup apprécié les expositions proposées par le salon, en particulier la très belle expo L’âge de pierre de Paco Roca qui retraçait l’ensemble de sa carrière en remontant le temps depuis sa petite enfance, ainsi que celle plus modeste mais très dense de Carlos Gimenez permettant d’admirer divers originaux dont plusieurs de toute beauté de son œuvre autobiographique Paracuellos qui célébrait en 2026 le 50e anniversaire de sa parution en 1976 (Paracuellos est disponible en VF en trois intégrales publiées aux Éditions Audie qui éditent aussi le magazine satirique Fluide Glacial).
L’autre point fort apprécié par Créabulles concerne les très nombreuses conférences et interviews d’auteurs/autrices. Il était même parfois difficile de faire un choix car beaucoup se déroulaient simultanément sur trois espaces différents : Comic Stream, Comic Forum et Comic Univers. Milo Manara notamment a bien décrit son travail autour de l’univers d’Umberto Eco. Il a souligné l’importance de l’imaginaire de l'enfant et fournit de précieuses indications sur sa manière de travailler ainsi que Stéphane Servain a pu longuement parler de son univers et de son travail.
Autre table ronde intéressante au Comic Stream sur l’évolution du comics réunissant trois auteurs (Iban Coello, Jorge Fornés et Francis Portela) évoquant les diverses rencontres avec les auteurs et éditeurs. Pour sa part, Ken Niimura a longuement évoqué son travail et commenté l’expo consacrée à la littérature du siècle d’or au Comic Forum.
Hormis le déménagement dans un autre pavillon, la grande nouveauté de 2026 a été la mise à l’honneur de la culture pop asiatique via la participation d’artistes originaires de Hong-Kong comme Pen So illustrateur et auteur de bande dessinée connu pour son roman graphique See you in Memories qui a été plusieurs fois primé, mais aussi de Corée du Sud, notamment l’illustratrice Wooh Na Young spécialisée dans le dessin numérique de personnages portant des vêtements traditionnels coréens appelés hanboks à laquelle le salon a consacré l’exposition intitulée Icônes revisitées : le multivers coréen de Wooh Na Young.

À noter aussi la présence d’auteurs japonais comme Shintaro Kago, porte-drapeau du mouvement littéraire et artistique ero-guro, un genre de manga mêlant horreur et érotisme pervers, ou José Maria Ken Niimura, en réalité d’origine à la fois espagnole et japonaise qui travaille dans un style hybride mêlant les designs japonais et occidental dont on pouvait voir le travail grâce à l’exposition intitulée Le meilleur du Siècle d’Or. Créabulles s’est attardée au pavillon de Hong-Kong et a pu assister à la réalisation en live d’une grande illustration par l’auteur très actif dans les différents médiums et techniques d’arts visuels, Kwong Chi Kit.

Enfin, le salon propose toujours un vaste espace intitulé Comic Pro qui permet la rencontre avec les éditeurs où de jeunes auteurs ont la possibilité de présenter leurs projets. Selon les organisateurs, les chiffres des entretiens ont largement progressé cette année.
Le déménagement a suscité beaucoup de commentaires tant de la part du public que des exposants. Hormis quelques critiques concernant un bâtiment davantage voire trop bruyant, on peut dire que globalement tout a bien fonctionné et tout le monde a semblé apprécier le côté plus ramassé et plus facile à parcourir de l’espace d’exposition. Les visiteurs ont apprécié le fait de pouvoir se déplacer et se retrouver plus facilement et plus rapidement. Beaucoup d’espace semblait perdu dans l’autre pavillon, certainement plus grand mais du coup plus aseptisé. Une nouvelle fois cette année, parmi les plus anciens visiteurs, beaucoup nous ont dit regretter que le salon n’invite pas plus de "grands" auteurs internationaux européens et américains comme à la grande et belle époque du festival Ficomic des années 1995-2010.
On notera que Comic Barcelona a une nouvelle fois mis en avant les femmes lors de cette édition 2026 (cinq autrices récompensées dans son palmarès), dans une logique de rééquilibrage puisque les femmes sont encore sous-représentées dans ce milieu. Surtout, l’édition 2026 marquera les esprits car c’est la première fois que le prix de la meilleure œuvre d’un artiste espagnol a été décerné à une femme, Teresa Valero.
Comme de coutume, Créabulles a mis à profit les journées du festival pour rencontrer un maximum d’acteurs du monde de la BD intra ou extra muros et aussi pour prendre des contacts avec plusieurs dessinateurs et/ou dessinatrices pour de futures expositions à Bruxelles, mais aussi pour solliciter quelques dédicaces pour ses prochaines opérations caritatives.
Palmarès du festival
- Grand prix pour l’ensemble de sa carrière : Esteban MAROTO, né en 1942 à Madrid, auteur au graphisme N&B très caractéristique, il a travaillé autant pour le marché européen qu’américain (Vampirella mais aussi Conan, Red Sonja, Dracula chez Marvel ou Zatanna chez DC).
- Prix de la meilleure œuvre d'un auteur espagnol publiée en Espagne : Contrapaso T2 - Pour adultes avec réserves de Teresa VALERO chez Dupuis Aire Noire (à noter que Teresa Valero était en concurrence avec 4 autres femmes pour cette récompense).
- Prix de la meilleure œuvre étrangère publiée en Espagne : Impénétrable d’Alix GARIN chez Le Lombard, un roman graphique de 300 pages dans lequel l’autrice livre un témoignage bouleversant sur les difficultés liées à la sexualité.
- Prix du public : Meigatas de Paula CHESHIRE (Fandogamia Ed.). L’histoire de deux chattes-sorcières qui doivent lutter contre leurs propres instincts pour survivre dans un monde magique peuplé de créatures comme elles.
- Prix de la meilleure BD pour enfants : ¡Astrid! d’Arkaitz GONZÁLEZ (Fandogamia Ed.). Récit d’une famille venue s’installer dans un nouveau quartier multiculturel.
- Prix de la meilleure BD jeunesse : El libro endemoniado de Fernando LLOR et Alicia GM (Astronave Ed.). Histoire du royaume de Viterland qui n’est que joie et prospérité au contraire de tous ses voisins. Mais ce bonheur est le fruit d’un livre maudit, le Balorit Grimorium, qui renferme un démon qui exauce tous les vœux du monarque. Sauf que la limite fixée à 1000 vœux approche...
- Prix du meilleur fanzine : Tocotó de Bamidala
- Prix Miguel Gallardo de la meilleure autrice révélation : Natalia VELARDE, née au Vénézuela en 1994 et installée à Madrid depuis 2005. Elle a travaillé pour le magazine Métal Hurlant et collaboré à différents fanzines. Son premier roman autobiographique Encías quemadas chez Reservoir Books nous propose un voyage fantastique fascinant. Le point de départ est la perte de son animal de compagnie, Tapón, qu’elle utilise comme métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte. Dessiné de manière spectaculaire, l’album a été multirécompensé en Espagne en 2025.
F.Patrick & SDJuan