Créabulles, Expositions, Dédicaces, Rencontres.

CRÉABULLES

Chroniques

Quelques-unes des BD qui nous ont le plus marqués.
N’y voyez aucun a priori, aucune prise de tête, aucune volonté de gonfler nos egos mais tout simplement l’envie de vous faire partager nos impressions de lecture. 

L'OGRE LION

Par Le 31/01/2022

L'OGRE LION 1Coup de coeurTome 1 : Le lion barbare
Scénario : Bruno BESSADI
Dessin : Bruno BESSADI
Couleurs : JOO
Dépot légal : Janvier 2022
Editeur : Drakoo
Grand format
ISBN : 978-2-490-73535-8
Nombre de pages : 56

Un vieux lion désespéré se laisse tomber du haut de la falaise et vient s’écraser sur un rocher. Au même moment, un jeune cabri nommé Wilt surgit affolé de la forêt pour mettre en garde le grand prêtre de la communauté. Une meute de loups fonce droit sur le village de la secte des adorateurs du dieu cornu. Mais rien n'y fait, personne ne l'écoute. Erreur fatale car les loups déboulent en force et s'en donnent à cœur joie, pillant les cabanes, tuant et massacrant un maximum d’occupants et capturant d’autres membres de la secte pour leur futur "buffet". C’est à ce moment que Wilt, qui s’était caché derrière un rocher, voit apparaître derrière lui une créature étrange. Elle a une tête de chèvre licorne surmontée de cornes tordues et en spirales, un torse et des bras faits de muscles sans peau ni fourrure et… elle se tient debout. S’attaquant aux carnivores, la créature les massacre à coups de sabre en quelques instants à peine. Le calme revenu, Wilt l’interroge pour savoir si c’est elle le "dieu cornu" dont parle leur grand prêtre. La créature se présente comme étant Bakham Tyholi, l’écorché, l’esprit de la force et de la colère, l’esprit de la vengeance. Wilt insiste. Il a vu ce qu’il croit être un lynx se transformer sous ses yeux. Bakham lui apprend qu’il n'est pas un lynx mais un lion… qui plus est un lion très dangereux nommé Kgosi Bombataa Begazi, qui vient des terres du Sud. Et d’ailleurs la créature commence à se réincarner en lion car son corps de démon se consume au contact de l’atmosphère du royaume du Nord. L’un des prêtres mourant, témoin des événements, a juste le temps de dire à Wilt qu’il est l’élu car le dieu cornu lui a fait des révélations. Le lion Kgosi accepte que Wilt l’accompagne vers les terres du Sud pour retrouver sa famille. Chemin faisant, Kgosi raconte qu’il n’a que des bribes de souvenirs de sa propre existence antérieure. S’il prend la forme du démon dans cette réalité c’est parce qu’il se donne volontairement la mort ou se fait tuer afin d’échapper aux voix dont celles de ses enfants et du démon qui parlent sans cesse dans sa tête. Cette fois, qui sait, grâce à son nouveau compagnon de route, Kgosi arrivera-t-il à savoir ce qui lui est arrivé ainsi qu’à sa famille qu'il voit en rêves ensanglantés…Ogre lion page 1Mon avis : En voyant la couverture avec les titres de la série "L'Ogre Lion" et du premier tome "Le Lion Barbare" et ce visuel de lion balafré avec de nombreuses cicatrices sur le corps et tenant une épée, je m'attendais à lire un récit très dur, très sombre et sans concession. Finalement, en tournant la dernière page, loin de moi l'envie de me plaindre.
Au fil des pages et de la découverte de personnages hauts en couleurs, la dureté et la violence des situations s’amoindrit, laissant place à une bonne BD d'aventure, âpre et tendre à la fois, violente et même drôle par moments aussi. J’ai plutôt apprécié. On suit cette quête de vérité avec plaisir même si elle s'annonce impitoyable pour le lion Kgosi. Désireux de retrouver les membres de sa famille, Wilt n'a d'autre choix que de l’accompagner et de l'assister pour qu'à chaque fois que le vieux lion devient démon, il en sache un peu plus sur lui et sur ce qui a bien pu lui arriver dans les terres du Sud.
Cette nouvelle mini-série (annoncée en trois tomes) met en scène des animaux anthropomorphes. Rien d'original me direz-vous puisqu’on a déjà "Solo", "Blacksad", "Les 5 Terres", "Robilar ou le Maistre Chat", "Le Château des Animaux", etc... Bien au contraire. Déjà, elle fait très bonne figure sur les rayonnages et dans les vitrines des librairies. Surtout, Bruno Bessadi se lance cette fois comme auteur complet dans un récit aux allures d’un Conan des terres du Sud en version lion.
Ce voyage en terre animale nous entraîne dans un univers médiéval fantastique, sur fond de quête de soi, mélangeant habilement plusieurs thèmes, l'oppression des plus faibles et des plus petits, l’influence des sectes et de la religion, le surnaturel et ses démons, etc.
On note une belle mise en place du contexte et des différents protagonistes dans ce premier tome qui soulève pas mal de questions.
On va de surprises en rebondissements au fil d’une lecture captivante et richement illustrée dès la première page.
Ogre lion plancheCôté dessin justement, Bruno Bessadi projetait la série depuis très longtemps. Il s'est même entraîné à illustrer Kgosi sous toutes les coutures durant l'Inktober de 2018. Il a d’ailleurs publié un artbook par le biais d'un financement participatif Ulule. D'où sa belle maîtrise du personnage. On retrouve le genre de mise en page énergique à laquelle il nous a habitués avec "Amazing Grace" ou "Bad Ass", servie pas des dessins bien détaillés tant pour les personnages que pour les très nombreux décors, tant en milieu naturel qu’en intérieur, notamment dans le château, avec de belles perspectives.
Les couleurs de Joo donnent de la profondeur aux illustrations et restituent bien l’atmosphère générale et les différentes ambiances.

En fin d'album, Bruno Bessadi nous offre un cahier supplémentaire qui nous raconte cet univers à travers la présentation en image des principaux personnages.

SDJuan

ARKHAM MYSTERIES 1

Par Le 29/01/2022

Arkham mysteries 1Coup de coeurTome 1 : Le Ciel des grands anciens
Scénario : Richard D. NOLANE
Dessin : Manuel GARCIA
Couleurs : Dijjo LIMA
Couverture : Jean-Sébastien ROSSBACH
Dépot légal : Janvier 2022
Editeur : Soleil
Grand format
ISBN : 978-2-302-09372-0
Nombre de pages : 56

Automne 1919, université de Harvard, Cambridge, Massachussets. Le professeur d’histoire ancienne Seth Armitage vient de recevoir de Chine une lettre désespérée de son ancien collègue, Calvin Tanner, qui avait quitté l’université deux ans plus tôt pour partir en Asie trouver les traces et ramener des preuves de l’existence d’une civilisation pré-sumérienne. Dans son message, il implore Armitage de venir l’aider personnellement et financièrement à Oulan-Bator en Mongolie. Mais c’était sans compter avec le refus formel du président de l’université, Abbot Lawrence Lowell, d’accorder des congés au professeur Armitage pour aller aider son ami. Un président qui brandit même des menaces d’exclusion de Harvard. Mais Seth fait le choix de tout ignorer et s’empresse de partir secourir Calvin. Lorsqu’il parvient sur les lieux après de longues et périlleuses péripéties, il le trouve étendu au sol inconscient dans une sorte de caverne. Calvin finit par lui dire qu’il a été capturé par des membres de la tribu des Cho-chos [Tcho-tchos]. C’est alors qu’ils comprennent tous les deux qu’en réalité ils sont victimes d’un piège. Devant cette situation insupportable, Calvin, navré d’avoir ainsi piégé son ami, se donne la mort. Seth promet de le venger et tente en vain de trouver ceux qui l’ont ainsi capturé … mais trois jours plus tard il se retrouve en ville complètement désorienté avec comme seule preuve de son périple un tatouage sur son dos, sans aucun souvenir de ce qui lui est arrivé dans cette caverne. De retour aux États-Unis, Seth essaye en vain de réintégrer Harvard. Face au refus du président de l’université, il décide de tenter sa chance ailleurs. Dépité, il constate qu’il est désormais sur une liste noire car toutes ses lettres de candidature lui reviennent avec des réponses négatives. Un jour, il reçoit une proposition de l’Université Miskatonic d’Arkham. Le doyen accepte de laisser de côté ses mésaventures récentes et lui propose le poste du professeur Egbert Talmage qui est mort de manière suspecte alors qu’il menait des recherches proches de celles de son ami Calvin. Coïncidence ?!? Dans ses nouvelles missions Seth Armitage sera rapidement amené à faire la connaissance de Skylark Duquesne, la propriétaire et rédactrice en chef du journal local, Arkham Sentinel, et de son correspondant à Providence, un certain Howard Lovecraft …Arkham mysteries 1 plancheMon avis : Voici un album très "lovecraftien" dans la forme et le contenu comme on aime en lire surtout si l’on est féru de ce genre de récits mêlant fantastique et horreur. S’il a une longue bibliographie à son actif, Richard D. Nolane est surtout un passionné de SF et de fantastique. Il connaît donc bien le genre et en rajoute même ici pour notre plus grand bonheur en nous entraînant à la recherche d’une civilisation ancienne cachée, sauvage, cannibale et terrifiante.
Le récit baigne dans une atmosphère glauque et angoissante, soutenu par un scénario captivant qui multiplie les péripéties et les mystères. Tout au long des 50 planches de l’album, l’intrigue se maintient au summum. L’auteur nous livre quelques indices çà et là, les rebondissements s’enchaînent mais il reste parfois des zones floues, des moments en suspens voire expressément non élucidés afin de mieux nous les expliquer par la suite.Arkham mysteries 1 planche autre
Manuel Garcia nous offre le meilleur de son art en matière de panel sombre. Et le résultat est d’une efficacité déconcertante. Du polar bien noir dans un récit lovecraftien des plus intenses et des plus efficaces.
Davantage connu du public "comics" par son travail sur des séries comme Avengers, Justice League, Spider-Man ou, plus récemment, Empyre (2021) et Daredevil Lockdown Part 6 (2022) pour ne citer que celles-ci, Manuel Garcia n’en a pas moins illustré des albums franco-belges de qualité comme Barbecue Marseillais, Ghengis Khan (dans la série des Grands personnages de l’histoire en bande dessinée), La Terre des Vampires, La désobéissance d’Andreas Kupler, et bien d’autres encore.
Beau travail sur les décors et costumes, atmosphère angoissante de polar bien noir bien restituée, encrage très marqué venant souligner l’ambiance très sombre d’un récit empreint de mystère et de secrets.
Derrière la belle couverture de Jean-Sébastien Rossbach, n’hésitez pas à vous plonger dans l’aventure, vous ne serez pas déçu (contrairement à certains comics dont l’intérieur peut parfois décevoir).
Atmosphère générale sombre et inquiétante bien soulignée par les couleurs de Dijjo Lima.

SDJuan

FCB - Football Club Barcelone

Par Le 27/01/2022

Fcb football club barcelone 2Tome 2 - Éternel Barcelone
Scénario : Eduard TORRENTS
Dessin : Cesc DALMASES
Couleurs : Isàvena COMERAS et Miquel ALOY
Dépot légal : Octobre 2021
Editeur : 
Dupuis 1
Collection : Sport Collection
Format normal
ISBN : 979-10-34748-37-2
Nombre de pages : 62

Joana vit très mal la séparation de ses parents. Depuis leur divorce, elle vit avec sa mère, Maite, qui n’a pas vraiment de temps à lui consacrer. Celle-ci travaille énormément pour leur assurer une vie décente, même si elle ne réussit pas toujours à joindre les deux bouts. Quant à Joana, elle aurait aimé rejoindre son père, Liam, qui vit désormais à Londres où il a fondé un nouveau foyer… sauf qu’il remet sans cesse ce projet à plus tard prétextant que son travail et sa nouvelle famille accaparent tout son temps et qu’il ne pourrait pas bien s’occuper d’elle. Vivant mal cette situation de crise, Joana ne cesse d’en rendre sa mère responsable et est en plein décrochage scolaire. Elle se désintéresse des cours, ne fait plus ses devoirs et a même raté ses examens. Les vacances arrivant, décision est donc prise de l’envoyer chez sa grand-mère à Port de la Selva, à 180 km au nord de Barcelone, car sa mère n’aura guère de temps de s’occuper d’elle à cause de son travail. Pour ne pas redoubler, Rosa, la directrice de l’école, va proposer à Joana de profiter des vacances pour effectuer un travail de recherche de 30 pages sur un sujet qui l’intéresse. Joana se souvient que c’est à Port de la Selva qu’elle passait du bon temps à jouer au foot avec ses amis lorsqu’elle était petite. Et c’est là qu’elle va apprendre que les femmes de sa famille ont des liens étroits avec le football et même certains grands joueurs du club de Barcelone…Fcb football club barcelone plancheMon avis: Dans ce deuxième tome de la série consacrée au Fútbol Club Barcelona (FCB), Eduard Torrents, dessinateur mais aussi scénariste, nous parle de foot évidemment, mais pas seulement. Il s’agit davantage de l’histoire d’un conflit familial mère-fille, conséquence d’un divorce dont cette dernière rend sa mère responsable. Joana est persuadée de déranger sa mère et lui reproche d’avoir trouvé l’excuse des vacances pour se débarrasser d’elle. Le scénariste nous fait vivre cette histoire d’ado mal dans sa peau avec beaucoup de tact et de psychologie, sans pour autant tomber dans les clichés ou le larmoyant. On passe par différents stades du comportement, la jeune fille rebelle va découvrir l’introspection un peu grâce à sa grand-mère et surtout grâce à une histoire familiale hors du commun où le football tient une place prépondérante.Fcb football club barcelone planche suiteLe dessinateur Cesc Dalmases qui est également professeur à la célèbre école d’art Joso de Barcelone illustre cette histoire d’une manière à la fois touchante et dynamique. Même les huis clos sont aérés et toniques. Le choix des cadrages contribue beaucoup à rendre la narration énergique. Les personnages sont plutôt charismatiques et expressifs. Leurs émotions sont presque palpables, reflétant leur vécu comme cette tendresse et cette sympathie qui caractérisent la grand-mère.
La mise en couleurs se veut plutôt douce et claire assez proche du manga. La coloriste Isàvena Comeras, assistée par Miquel Aloy, enseigne d’ailleurs le dessin manga à la Escola Joso de Sabadell.
Un album jeunesse inspiré de faits réels qui aborde une question actuelle sous un angle plutôt divertissant.

SDJuan

DJINN 13

Par Le 26/01/2022

Djinn 13Coup de coeurTome 13: Kim Nelson.
Scénario : Jean DUFAUX
Dessin : Ana MIRALLÈS
Couleurs : Ana MIRALLÈS
Editeur:
Dargaud logo
Dépot légal: Octobre 2021
Grand format
ISBN : 978-2-505-08642-0
Nombre de pages : 56

Histoire:

Lorsqu'elle reçoit une invitation à se rendre au palais d’Eschnapur, Kim Nelson ne peut résister à la tentation, pleine d’espoir d'en apprendre davantage sur ses aïeux. Mais une mauvaise surprise l'attend à son arrivée. Elle retrouve une ancienne connaissance qu'elle aurait souhaité ne jamais revoir : Ebu Sarki, un homme infâme qui jadis l'avait complètement soumise et qui lui inspire de la répugnance. Sa surprise sera encore plus grande lorsqu’elle rencontre Saru Rakti, la Rani d'Eschnapur, sœur du défunt Maharadjah. Kim Nelson est littéralement sidérée par la jeunesse de la Rani. En effet, une malédiction l’a enfermée dans le corps d’une jeune fille tant que le Maharadjah vivra. Mais, anéanti par la mort de son épouse Tamyla, le Maharadjah finit par se donner la mort, mettant ainsi fin à la malédiction. Cependant, pour retrouver son apparence physique de femme âgée, la Rani demande à Kim Nelson de partir à la recherche d’une perle noire contenant l’antidote. Cette perle fait partie du fabuleux trésor ottoman que Kim a toujours espéré découvrir. Elle se réjouit de ce voyage en Afrique qui lui permettra également de connaître ses origines. Seule une Djinn peut effectuer une telle mission, mais cette fois elle va devoir l’accomplir en compagnie d’Ebu Sarki qui lui est à la recherche du trésor et qui revendique déjà la moitié du butin.
Djinn 13 plancheMon avis: Pour ceux qui n'ont pas suivi cette série incontournable de 2001 à 2016, ou pour ceux qui ont tout simplement envie de la relire en grand format pour encore mieux apprécier les superbes illustrations d'Ana Miralles, cette collection est évidemment pour vous !

Jean Dufaux termine la série en beauté.
Il fait en quelque sorte le point sur le déroulement des événements et leurs nombreux développements.
Ce dernier cycle se situant avant le cycle africain, cet éclairage chronologique nous apporte des réponses qui sont les bienvenues.
Jean Dufaux a su entretenir le suspense jusqu'au bout avec beaucoup d'habileté et d’efficacité. Le récit est très explicite et rondement mené.
On est impressionné de voir comment il a réussi à refermer autant de ramifications et conclure cette saga.Djinn 13 planche suiteCôté illustration, Ana Miralles a fait preuve d’une remarquable évolution tout au long de cette série.
On ne peut qu’admirer sa maîtrise de l’art du dessin et de la couleur magnifiée.
Cette minutie dans les moindres détails, reconnaissable entre mille, rend la série tellement exceptionnelle qu'on ne se lasse pas de la contempler.
Chaque personnage, chaque case constitue en soi une splendide illustration, sans oublier les couvertures, toutes plus belles les unes que les autres.
On est presque attristé de savoir que cet album est à nouveau (réédition oblige) le dernier de la série et on en redemande volontiers.
Ana Miralles, reviens-nous vite, tu nous manques !

A noter: une version limitée à 999 exemplaires avait été tirée en 2016 avec cette couverture pour les magasins Slumberland et BD-World en Belgique.

SDJuan

SAFRANE CHU

Par Le 26/01/2022

Safrane chuScénario : John LAYMAN
Dessin :  Dan BOULTWOOD
Couleurs : Dan BOULTWOOD
Couverture : Dan BOULTWOOD
Dépot légal : Octobre 2021
Editeur :
Delcourt comics
Format comics
ISBN : 978-2-413-04186-3
Nombre de pages : 105

Safrane Chu n’est autre que l’une des sœurs de Tony Chu. Petit rappel : l’inspecteur Tony Chu est "cibopathe". Il a le pouvoir de saisir l’histoire d’un aliment qu’il a mangé. Ce don s’applique aussi à ses enquêtes : il mord un cadavre afin de ressentir le passé de la personne défunte, de découvrir ce qu’il lui est arrivé…. (d’où le sous-titre Détective cannibale donné à la série Chew en VF). Safrane quant à elle est "ciboparse". Elle peut lire dans les pensées des personnes avec qui elle partage un même repas. Mais contrairement à son frère qui est du côté de la loi, elle fait partie d’une bande de malfrats spécialisés dans les cambriolages aux côtés entre autres d’Eddie Molay. Cela dit, la situation de la famille Chu est sur le point d’être sérieusement chamboulée car un criminel nommé Bucatini s’est mis en tête de retrouver Eddie avec qui il a un compte à régler et, au passage, d’en profiter pour se débarrasser de Safrane. Et même si tous sont dotés de dons hors du commun, cette fois cela risque de ne pas suffire! Safrane chu page actionMon avis : Tous ceux qui ont "goûté au charme" de Tony Chu, en particulier à son côté totalement déjanté, ne vont pas être déçus par Safrane à part que le premier est flic alors que sa sœur est une hors-la-loi recherchée non seulement par la police mais aussi par un gros caïd puisqu’elle n’hésite pas à s’attaquer aux pires maffieux. Il s’agit donc bien d’un album super énergique mais un peu moins glauque.
Dès les premières pages, on part sur les chapeaux de roue et on finit par se demander qui est le plus décalé des personnages.
Cambriolage par-ci, sauve-qui-peut par-là, courses poursuites, méli-mélo d'affaires et… quelques tueries, etc., en tout cas aucun temps mort.
On ne s’ennuie pas une seconde avec ce récit dû à John Layman, le scénariste des aventures de Tony Chu.
En revanche, changement de dessinateur mais aucune inquiétude car le britannique Dan Boultwood n'a rien à envier à l’américain Rob Guillory pour le panache et le dynamisme de son travail.
Même s'il adopte un style plus "comics" traditionnel pour son dessin et ses cadrages, il y ajoute une bonne dose de "manga" sur les scènes d’action comme ces visages déformés par les mouvements ou les émotions, souvent accentuées. Beau travail de mise en page également sur cet album dynamique et bourré d’énergie.
Les personnages, tous plus charismatiques les uns que les autres, suscitent vraiment l’intérêt.
Un très bon moment de divertissement assuré. 

SDJuan

DRAGONS DE LA FRONTIÈRE 2

Par Le 25/01/2022

Dragons de la frontiere 2Coup de coeurTome 2 : Cuerno verde
Scénario : Gregorio HARRIET
Dessin : Iván GIL
Couleurs : Garluk AGUIRRE
Dépot légal : Octobre 2021
Editeur : Editions glenat logo
Grand format
ISBN : 978-2-344-04305-9
Nombre de pages : 56

Au fil du temps, les Espagnols ont réussi à nouer des relations avec quelques tribus indiennes, Hopis, Utes, Zuñis, Anasazis ou Navajos… même si les difficultés persistent, notamment des exactions commises par des hommes isolés à l’encontre des Amérindien(ne)s ou la volonté affirmée des religieux franciscains ou jésuites de soumettre les Indiens et de les convertir à tout prix à la religion catholique. En revanche, avec la tribu des Comanches, c'est une tout autre histoire. Surtout avec Tavibo Naritgant, surnommé Cuerno Verde par les Espagnols, dont les raids meurtriers représentent un réel danger aussi bien pour les autres tribus indiennes que pour les colons espagnols. C'est ce qui va inciter le gouverneur Juan Bautista de Anza à agir en s’appuyant sur les tribus "coopérantes". Il est bien décidé à en finir avec la menace comanche et à rétablir l’ordre. En cet été 1779, il se prépare à envahir la "Comancheria", le territoire comanche. Il rassemble 150 Dragones de Cuera qui seront soutenus par des centaines de miliciens espagnols et de nombreux guerriers indiens des tribus menacées par les Comanches. Ce que les Dragons ne savent pas encore, c'est que Madeline est prisonnière des Comanches, et plus particulièrement de Cuerno Verde, qui a fini par en faire l’une de ses nombreuses épouses. Malgré tout, elle joue un rôle important au sein de la tribu en s’efforçant de protéger au mieux les autres femmes détenues prisonnières comme elle. Dragons de la frontiere 2 plancheMon avis : Suite et fin de cette fiction basée sur des faits et personnages historiques correspondant à un pan important de l’histoire de l’Espagne et de celle des États-Unis, une fiction qui nous emmène sur le territoire américain de la Nouvelle-Espagne (pour rappel, cette Vice-Royauté couvrait grosso modo l’actuel Mexique, l’Amérique centrale plus les États américains de Californie, Arizona, Nouveau-Mexique et Texas, auquel il faut ajouter les Philippines en Asie du sud-est). Dans ce second tome, l’accent est mis sur le rôle joué par le gouverneur Juan Bautista de Anza qui a tout fait pour éviter les conflits entre les Espagnols, colons comme militaires, et les Amérindiens. Il s’est efforcé d’établir en quelque sorte des relations de bon voisinage entre ces deux communautés et de calmer les ardeurs des religieux soucieux de répandre la foi chrétienne à tout prix. Il privilégiait la cohabitation pacifique pour faciliter les échanges commerciaux et s’assurer le soutien d’alliés face à un ennemi commun, farouche et sanguinaire nommé Cuerno Verde à la tête de ses valeureuses troupes de combattants comanches. Il s’agit du nom espagnol (Green Horn en anglais) donné au chef comanche Tavibo Naritgant en raison des cornes vertes qu’il portait sur sa coiffe pendant les combats. Face à Cuerno Verde, Juan Bautista de Anza n’aura pas d’autre solution que de rassembler un maximum d’hommes – dragones de cuera, miliciens espagnols et guerriers amérindiens de tribus alliées, principalement Ute, Apache et Pueblo – pour conduire une grande expédition "punitive". Au terme de plusieurs batailles dans l’actuel État du Colorado, Cuerno Verde est tué avec une quinzaine de ses guerriers le 3 septembre 1779. Sa disparition permettra au fil du temps de pacifier quelque peu les relations entre les Comanches et les Espagnols. Récupérée sur le champ de bataille, la coiffe de Cuerno Verde a été offerte à Anza qui l’a ensuite remise au roi d’Espagne qui, à son tour, en a fait cadeau au pape. Cette coiffe est désormais exposée au musée du Vatican à Rome.Dragons de la frontiere 2 pagesSi cette histoire tenait tant à cœur à Gregorio Harriet, c’est pour une raison toute simple. Il a découvert qu’un personnage historique était né dans sa ville d’Hernani (province basque de Guipuscoa), dans la rue même où il a passé une partie de son enfance. Il s’agit de Juan Bautista de Anza, le père du Juan Bautista de Anza qui apparaît dans "Les Dragons de la frontière" où il combat Cuerno Verde et qui avait quitté sa ville à l’âge de 19 ans pour rejoindre le Nouveau Monde.
On sent que ces deux tomes constituent plus qu’un simple récit d’aventures. L’aspect historique est très important. Leur écriture a nécessité un énorme travail de recherche et de documentation. On sent qu’il y a de la passion chez Gregorio Harriet pour cette époque qui est souvent méconnue et je l’en remercie pour cela. J’ai ainsi appris que Juan Bautista de Anza, outre le fait d’avoir réussi à pacifier la région, a ouvert une voie de communication depuis Sonora jusqu’à la Haute Californie, facilitant le transport de marchandises mais aussi les déplacements ou l’installation sur de nouvelles terres des colons et de bien d’autres personnes. C’est à l’issue de cette grande aventure couronnée de succès qu’il avait été nommé Gouverneur du Nouveau Mexique et désigné pour prendre les choses en main afin de mettre fin à la menace Comanche incarnée par Cuerno Verde (commentaire inspiré du supplément réservé à l’édition espagnole "Dragones de Frontera" paru chez Harret Ediciones puisque Gregorio Harriet est également éditeur).
C’est une époque passionnante à tous points de vue pour ceux qui aiment cette période des grandes aventures amérindiennes. Le récit de Gregorio Harriet est tout à fait passionnant car il explique bien le déroulé des événements en soulignant le rôle primordial joué par les "Dragones de Cuera" (voir notre chronique du tome un ici). J’apprécie son aisance à raconter autant d’événements en si peu de pages et à rendre abordables, divertissants et captivants des événements historiques complexes. Il faut également souligner qu’avec lui, les méchants ne sont pas pointés du doigt car il y a du positif et du négatif dans chaque camp. Il laisse place au libre arbitre de chacun(e) de se faire sa propre idée. Dragons de la frontiere 2 page
Pour la partie dessin, Ivan Gil a été une énorme découverte également. J’ai aussitôt cherché à savoir ce qu’il avait dessiné auparavant et je dois dire que j’ai été bluffé par sa facilité à dessiner autant de personnages dans ses cases tout en restant narrativement très lisible. Cela se ressent encore plus dans ce second tome. Une facilité aussi à dessiner les chevaux, et pas mal de dessinateurs vous confirmeront qu’ils ne sont pas faciles à réaliser. Le trait est précis, le dessin soigné et détaillé, plein d’énergie, la mise en page dynamique et souvent d’allure cinématographique. Également de superbes décors et des personnages hauts en couleurs ayant sans aucun doute nécessité un gros travail de recherche et de documentation même si Gregorio Harriet fournit déjà lui-même beaucoup d’éléments documentaires.

L’ensemble est superbement mis en valeur par Garluk Aguirre grâce à des couleurs donnant encore plus de clarté, de profondeur et de vie aux dessins.

Une histoire complète en deux tomes très agréable à lire à ne surtout pas rater !

DE IRA

Par Le 22/01/2022

De iraScénario : Stéphane HIRLEMANN
Dessin : Stéphane HIRLEMANN
Couleurs : Monochromie
Dépot légal : Octobre 2021
Editeur : Delcourt
Grand format
ISBN : 978-2-413-02823-9
Nombre de pages : 140

Tandis que le terrorisme poursuit ses ravages, une bande de copains se démènent pour ravitailler en nourriture, vêtements et autres articles de première nécessité les réfugiés d’un camp. Le groupe mené par la jeune Pêche n'en est pas à son coup d'essai. Cette fois encore, Chunk, Rix et tous les autres ont réussi à échapper aux gardiens, des gardiens réputés pour leur violence, surtout dirigée contre les réfugiés qu’ils n’hésitent pas à molester et brutaliser. Ce n’est pas ça qui empêchera nos amis de revenir aider les plus démunis. Chacun retourne alors à sa vie, études, job alimentaire, histoire d’amour… malgré une ambiance générale pesante, plutôt négative et peu encourageante. Pêche retrouve son amie Caro qui comme beaucoup d'autres de son âge peine à contenir une colère à fleur de peau. Elle n’en peut plus de cette société qui la met constamment en révolte. Elle semble avoir des visions parfois. Elle voit un vieux clochard mais aussi des personnes portant des masques étranges… De ira page 3Mon avis : On entre tout de suite dans le vif du sujet : la colère, comme le confirme le terme latin "ira" du titre, autrement dit "colère" mais aussi "ire", même si ce terme est plutôt utilisé dans le domaine littéraire. On suit le parcours de ce groupe de jeunes qui, au fil du récit, semblent de plus en plus perturbés par la violence. Il faut dire qu'autour d'eux, elle règne en maître dans une société en pleine décomposition et, plus généralement, un monde de plus en plus troublé, dévasté et précaire. Leurs actes servent parfois une certaine justice mais la violence et l’instabilité ambiante finissent toujours par prendre le dessus quoi qu'il advienne. L'apparition de ce clochard étrange et de ces masques vont attirer l'attention sans jamais mettre fin au sentiment de révolte qui les habite. Un récit en constante ébullition marqué par une certaine obscurité dans tous les sens du terme.De ira page 5Auteur complet sur cet album, Stéphane Hirlemann nous propose des dessins fluides et nerveux restituant bien la violence, le mal-être existentiel, la colère qu’il accentue encore par un découpage et une mise en page efficaces. Le choix du noir et blanc avec diverses nuances de gris souligne aussi cette impression de dureté, de noirceur, voire de fureur urbaine. La couverture nous met tout de suite dans le bain en nous intriguant et en nous forçant à nous interroger sur le contenu de l’album.  

SDJuan

LE PREMIER MIRACLE

Par Le 20/01/2022

LE PREMIER MIRACLETome 1
Scénario : Didier CONVARD
Dessin : Olivier BRAZAO
Couleurs  Elvire DE COCK
Adaption de l'oeuvre de Gilles LEGARDINIER
Dépot légal : novembre 2021
Editeur : Glénat
Grand format
ISBN : 978-2-344-04199-4
Nombre de pages : 62

De nos jours, dans une luxueuse villa du Montana. Lorsque Monsieur Kuolong invite Nathan pour lui présenter l’objet le plus inestimable de sa collection, il va même jusqu'à lui montrer la pièce inviolable où il le garde. Il était loin de se douter qu'il venait de faire la plus grosse erreur de sa vie. Elle lui coûtera la vie… En fait, ce sont plusieurs reliques et objets sacrés qui ont disparu et autant de meurtres commis un peu partout dans le monde. Le MI6, les services de renseignement britanniques, est sur les dents. D’autant que le professeur Ronald Wheelan, spécialiste des sciences occultes, qui lui apportait son aide et son expertise vient de disparaître dans un accident de voiture alors qu’il enquêtait sur une piste solide. L’agent Karen Holt est envoyée en France récupérer Benjamin Horwood, éminent historien des sciences occultes au British Museum mais surtout ancien élève du professeur Ronald Wheelan. Bien qu’en vacances, Horwood est littéralement exfiltré et rapatrié en hélicoptère jusqu’à Londres dans les locaux d’une agence très discrète créée au sein des services secrets pendant la deuxième guerre mondiale pour enquêter sur les Nazis dans leur rapport à l’occulte et sur leur fascination pour les reliques ésotériques. Outre le vol du légendaire miroir d'Arrapha chez Monsieur Kuolong, Horwood est surtout consulté sur celui d’objets sacrés récemment dérobés dans une cave quasi désaffectée de l'église de la Holy Trinity, un édifice tout à fait particulier et entouré de mystères. Karen Holt et Ben Horwood se rendent ensuite à la British Library où le conservateur, Robert Folker, confirme qu’une page du Splendor Solis, le légendaire manuscrit traitant de l'alchimie, a récemment disparu. Coïncidence étrange, c’est précisément à ce manuscrit que s’intéressait le Professeur Ronald Wheelan qui vient de se tuer dans un accident de voiture. En récapitulant leurs informations, plusieurs points communs ressortent, un soleil d’où sort un diable, un démon brandissant une pyramide d’où jaillit une intense lumière… L’enquête ne fait que commencer.Premier miracle page 3Mon avis : Didier Convard est un habitué de ces scénarios haletants évoquant des dossiers secrets et touchant au surnaturel, à l'ésotérique. Ainsi ce premier tome du diptyque annoncé évoque la disparition d’objets initiatiques et occultes, de reliques et d’objets sacrés comme le miroir d'Arrapha, une petite pyramide, un coffret en bois, une page d’un manuscrit légendaire …  tous liés à la lumière ou à Lucifer, l’ange déchu. Pas le temps de s'attarder sur l’une des disparitions puisqu'elles se succèdent dans différents endroits du monde. Une course contre la montre est lancée et cela va très vite.
On notera que Didier Convard a dû adapter et condenser en deux albums BD seulement le roman de Gilles Legardinier (528 pages dans son édition originale publiée en 2016 chez Flammarion).Premier miracle plancheComme toujours, son récit mêle habilement fiction et histoire dans une intrigue captivante. Les indices s’accumulent, les suppositions vont bon train mais sans vraiment nous donner de réponses… du moins pour le moment. C'est aussi ce qui nous tient en haleine.
On pense aussi à la série X-Files ou aux films de la Saga Indiana Jones sans ce côté aventurier et sans les actions d’éclat que peuvent procurer les images animées. Agréable retour de Didier Convard dans un récit d'aventures ésotériques ponctué de touches d’humour.Premier miracle planches autresAu dessin, je retrouve avec plaisir Olivier Brazao après l'Elixir du temps, une autre BD d'aventures.
S’il a moins l'occasion ici de dessiner les héros en pleine action, il fait malgré tout très fort.
Un ensemble réalisé avec beaucoup d’application où on note un soin tout particulier apporté aux différents décors de toute beauté, aux grands monuments des différents lieux évoqués dans l’album. Les personnages sont facilement reconnaissables et la mise en page dynamique contribuent largement à rendre la narration attractive.Premier miracle planchesElvire De Cock réalise une mise en couleurs agréable, à la fois lumineuse et donnant de la profondeur aux planches dessinées par Olivier Brazao.

SDJuan