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INTERVIEW GARLUK AGUIRREGarluk Aguirre

Pour commencer, une question personnelle : comment avez-vous vécu la pandémie de Covid-19 ? Vous a-t-elle impacté dans votre travail ?

Je l'ai vécue de la façon la plus naturelle possible. Nous n'avons pas eu beaucoup de cas dans les environs et cela nous a permis de rester plutôt calmes. En ce qui concerne le travail, cela ne m'a pas trop affecté. J'avais plusieurs projets en main et en vérité je n'ai pas arrêté de travailler. Sauf que j'ai dû quitter le studio et travailler de nouveau à la maison mais cela a été le seul changement.

Quand avez-vous commencé à lire des bandes dessinées ?

Je lis des bandes dessinées depuis que je suis petit. Astérix et Obélix, Conan, des séries Marvel comme Venom... mais ce sont celles de Lucky Luke que j’ai le plus aimées.Lucky luke 5Quelle a été votre première BD et pourquoi vous en souvenez-vous en particulier ?

J’avoue que j'ai une très mauvaise mémoire et il se peut que ce soit un autre titre, mais je garde un souvenir particulier d'une série basque intitulée "Gabai". J'étais petit et fasciné par la qualité des albums. Au fil du temps, j’ai réalisé que parmi les artistes se trouvaient des dessinateurs comme Juan Luis Landa, Stesó ...GabaiQuelles ont été et quelles sont vos influences, si vous en avez ? Et plus précisément en matière de BD ?

J'ai étudié les Beaux-Arts dans les spécialités peinture et animation, mes influences sont donc nombreuses et variées et évoluent avec le temps. Dans le domaine de la peinture, je dirais que cela, par exemple, va de William Turner à Larry Rivers en passant par Gerhard Richter. En animation, j'aime beaucoup le style du film "Tekkonkinkreet" réalisé par Michael Arias. Mais j'ai une infinité de références aussi bien dans les longs métrages que les courts métrages. Et en matière de bande dessinée c’est pareil, j’ai de nombreuses références et j’en ai de plus en plus. Je n’en citerai que trois actuelles mais j'en ai au moins 40 en réserve : Jordi Lafebre, Morice et Sylvain Vallée.

Quel a été votre premier travail de coloriste ?

La série "La Honte et l’Oubli" du dessinateur Alex Macho (une autre de mes influences) et du scénariste Gregorio Muro Harriet publiée chez Glénat.La honte et l oubli 1Quel est votre interlocuteur pour les couleurs, par exemple pour les costumes, etc.? Ou bien êtes-vous entièrement libre de les travailler comme vous le souhaitez ?

Cela dépend beaucoup du type de bande dessinée sur lequel on travaille. Pour les BD historiques, la documentation est généralement très importante et il faut rester plutôt fidèle. Pour les autres types de bandes dessinées, on peut avoir plus de liberté mais la documentation reste importante, surtout pour la mise en situation.

Pouvez-vous nous parler de vos premiers contacts avec Gregorio Harriet et Iván Gil? Aviez-vous envie de travailler avec eux ou est-ce l'éditeur qui vous a mis en relation ?

J'ai rencontré Gregorio en tant que directeur artistique sur le court métrage "Tempo inverso" qu’il a réalisé. À la fin de ce travail, il m'a proposé de faire quelque chose en BD. J'ai passé un test de mise en couleurs pour l’album "La Honte et l’Oubli" qui a plu à Philippe Hauri, directeur editorial chez Glénat et nous nous sommes lancés dans l'aventure. Pendant que je travaillais sur le deuxième tome de "La Honte et l’Oubli", Gregorio m'a proposé une collaboration avec Iván Gil et nous avons commencé à travailler sur "Les Dragons de la Frontière".Dragons de la frontiereEn ce qui concerne la documentation, comment procédez-vous ? À partir de recherches dans des livres personnels ou en bibliothèque ou bien sur internet ? Avez-vous ensuite tout partagé avec Gregorio ou Iván ou bien vous êtes-vous aussi documenté de votre côté ?

Lorsque je travaille avec Gregorio, c'est lui qui nous fournit une grande partie de la documentation. Sinon, c’est moi qui me charge de la rassembler, mais nous nous efforçons toujours d’avoir des échanges clairs entre nous sur ce genre de question. Quand je démarre un nouveau projet, je tiens toujours à me documenter et je regarde beaucoup d'images pour m’imprégner du contexte.

Comment travaillez-vous avec chaque dessinateur? Il vous passe les originaux un par un ou plusieurs à la fois?

Chaque dessinateur est un monde à lui seul. Personnellement, j'aime travailler par blocs de 5 à 10 pages, mais cela varie en fonction de la personne avec qui je travaille.

Aimeriez-vous travailler avec un autre dessinateur (franco-belge ou américain) en particulier, à part Gregorio et Iván bien sûr ? Qui par exemple ?

Cette question ressemble à celle concernant mes influences (rires). Ils sont très nombreux ceux avec qui j’aimerais travailler. Pour préciser ma réponse, j’en citerai trois pour chaque marché. En franco-belge, Josep Homs, Anlor et Mateo Guerrero… et du côté américain Pepe Larraz, Jerome Opeña et Jorge Jiménez.

Sur quels critères choisissez-vous le dessinateur ? Est-ce l'éditeur qui vous l’impose ? Cela dépend-il de l'histoire que vous voulez raconter ?

En général, ce sont eux qui me contactent. Parfois c’est le dessinateur, parfois le scénariste ou parfois la maison d’édition. Je n'ai aucune contrainte éditoriale. Si c’est le cas, l'histoire est très importante tout comme le dessinateur avec lequel je vais travailler. J'aime travailler sur des projets intéressants et avoir de bonnes relations avec les auteurs.

Comme vous êtes le dernier à travailler sur les pages avant de les envoyer à l'éditeur, avez-vous plus de pression que le scénariste ou le dessinateur ? Pour les délais ? Si oui, comment le vivez-vous ?

La pression est la même pour tout le monde car nous voulons faire du bon travail. Les délais sont le point sensible de cette profession. En ce qui les concerne, il est vrai que je suis le dernier à rendre le travail et si mes collègues ont pris du retard, c’est sur moi que tout retombe.

Pourriez-vous dire qu’en plus de donner de la profondeur et de la clarté au dessin, le coloriste peut dans certains cas rattraper le dessin, ou parfois l'améliorer, ou même le sauver ?

Oui, bien sûr. J’estime que la couleur est une partie très importante du travail. Une mauvaise mise en couleur peut détruire le meilleur des dessinateurs de même que la couleur peut mettre en valeur une œuvre plus modeste. Dans tous mes travaux de coloriste, mon objectif, en plus de ce que vous avez mentionné, est de créer l'ambiance voulue et surtout d'aider à la narration.Feroce planche arriveeQu'avez-vous lu dernièrement et qu'avez-vous aimé et pourquoi ?

J'ai lu plusieurs albums, par exemple "Raven" de Mathieu Lauffray, "Karolus Magnus" de Jean-Claude Bartoll et Eon… Les deux sont très bons. Mais je citerai aussi une série que j'aime beaucoup à tous points de vue, "Un putain de salopard" d’Olivier Pont et Régis Loisel. Le scénario m'a captivé dès le début et sur le plan artistique cela me semble de grande qualité.Un putain de salopard

Avez-vous beaucoup d'histoires en préparation ?

Cet été, j'ai terminé trois albums et en ce moment je travaille sur un film d'animation. Mes prochains travaux porteront sur la deuxième partie de "Féroce" ainsi que sur un autre projet.

On m'a dit que vous dessiniez également. Qu'avez-vous en préparation, si vous pouvez en parler, bien sûr ?. Si oui, est-ce que vous vous occupez vous-même des couleurs ?

Oui, je suis aussi dessinateur. Cette année, j'ai travaillé sur la série "Bayonne" éditée chez Petit à Petit et nous ferons probablement le deuxième tome l'année prochaine. Mais en dehors de cela, je prépare d'autres projets, dont un avec Gregorio. On verra comment ils évoluent. Je vous tiens au courant (rires) !BayonneMerci beaucoup d’avoir répondu à nos questions et je tiens à redire que vous nous avez offert une BD de très bonne qualité ! Vous formez à vous trois une équipe artistique hors du commun !

SDJuan

Vous l'avez donc reconnu, il nous a offert de superbes albums comme La Honte et l'Oubli, Dragons de la Frontière et Féroce Chroniqués sur Créabulles. Voici ci-dessous les interviews de ses collègues !

Date de dernière mise à jour : 29/10/2021

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